Liste et coûts des prestations de protection sociale en France

Une grande partie de la dette de la France est le coût de la santé et le coût des retraites (800 milliards).

Penchons nous sur les coûts des prestations de protection sociale et sur leur liste car ces 2 choses font l’objet de fantasmes permanents chez les partis extrêmes et notamment à droite.

Le Pen, Bardella, Knafo, Zemmour fantasment à longueur de journée à ce sujet, propagent des chiffres faux et leurs relais (y compris ceux de leurs alliés russes) se font forts d’accentuer ces conneries.

Voici les chiffres réels des prestations de protection sociale en France.

Sans avoir besoin d’être un lecteur professionnel de ce genre de tableaux, on voit que ce document permet de remettre de l’ordre dans un débat où l’on mélange très souvent protection sociale, RSA, immigration, aides sociales, retraites, santé et chômage comme s’il s’agissait d’une seule et même chose.

Le premier chiffre à retenir est celui-ci : les prestations de protection sociale ont représenté 888,0 milliards d’euros en France en 2023. Le document reprend les comptes de la protection sociale de la DREES.

Mais ce total de 888 milliards ne correspond absolument pas à 888 milliards « d’aides sociales » versées à des personnes sans emploi. L’essentiel finance les retraites et la santé.

Où vont réellement les 888 milliards d’euros ?

Voici la répartition des grandes masses en 2023 :

PosteMontant 2023Part du total
Vieillesse et survie400,3 Md€45,1 %
Santé323,5 Md€36,4 %
Famille63,8 Md€7,2 %
Emploi49,8 Md€5,6 %
Pauvreté et exclusion sociale34,9 Md€3,9 %
Logement15,7 Md€1,8 %
Total888,0 Md€100 %

Autrement dit, 81,5 % de toute la protection sociale française correspond uniquement à la santé et à la vieillesse-survie.

Quand un responsable politique annonce que « la France dépense près de 900 milliards d’euros en prestations sociales », puis enchaîne sur l’assistanat, les étrangers ou le RSA, il réalise un glissement extrêmement trompeur.

Les 900 milliards comprennent notamment :

  • Les retraites.
  • Les pensions de réversion.
  • Les remboursements de soins.
  • Les dépenses hospitalières.
  • Les indemnités journalières maladie.
  • Les pensions d’invalidité.
  • Les prestations liées aux accidents du travail.
  • Les allocations familiales.
  • L’assurance chômage.
  • Les aides au logement.
  • Le RSA.
  • La prime d’activité.

Ce ne sont évidemment pas des dépenses de même nature.

Le premier poste n’est pas « l’assistanat » : ce sont les retraites

Le bloc vieillesse-survie représente 400,264 milliards d’euros en 2023.

À l’intérieur, le document comptabilise notamment 357,286 milliards d’euros au titre de la vieillesse et 42,978 milliards pour la survie, essentiellement les pensions de réversion.

Parmi les 357 milliards consacrés à la vieillesse, les pensions de droit direct représentent à elles seules 336,489 milliards d’euros. Le minimum vieillesse ne représente, lui, que 4,606 milliards.

C’est une différence fondamentale.

Quand on parle de « dépenses sociales », près de quatre euros sur dix correspondent donc aux pensions de retraite versées à des personnes qui, pour l’immense majorité, ont cotisé pendant leur vie professionnelle.

Ce n’est pas une « aide aux assistés ». C’est le fonctionnement même d’un système de retraite par répartition.

Le deuxième poste est la santé : 323,5 milliards d’euros

Le deuxième gigantesque bloc est la santé : 323,539 milliards d’euros en 2023.

Il regroupe 3 ensembles :

  • Maladie : 265,105 milliards.
  • Invalidité : 51,669 milliards.
  • Accidents du travail et maladies professionnelles : 6,766 milliards.

Dans la seule branche maladie, environ 200 milliards d’euros correspondent aux prestations directement prises en charge par les administrations de Sécurité sociale.

Le document détaille notamment :

  • 89,554 milliards de soins de ville.
  • 88,380 milliards de prestations de soins du secteur public hospitalier.
  • 17,780 milliards de soins en clinique privée.
  • 11,002 milliards d’indemnités journalières maladie.

Il faut donc être très prudent lorsque quelqu’un présente la « dépense sociale » comme un immense système de redistribution en faveur des personnes qui ne travaillent pas.

Une consultation médicale, une chimiothérapie, une hospitalisation après un accident, une opération cardiaque ou une indemnité pendant un arrêt maladie figurent dans ces fameux 888 milliards.

Retraites et santé absorbent plus de 724 milliards

Additionnons simplement :

400,264 + 323,539 = 723,803 milliards d’euros.

Sur les 888 milliards de prestations sociales, près de 724 milliards concernent donc la vieillesse, la survie et la santé.

Cela représente environ 81,5 % du total.

Il ne reste que 164 milliards pour l’ensemble des autres risques : famille, chômage, logement, pauvreté, exclusion sociale, etc.

Cette simple ventilation change complètement l’image que l’expression « 888 milliards de dépenses sociales » peut donner.

Le RSA représente environ 12 milliards, pas 888 milliards

C’est encore plus frappant lorsqu’on descend dans le détail de la pauvreté et de l’exclusion sociale.

L’ensemble du poste pauvreté-exclusion sociale représente 34,877 milliards d’euros, soit seulement 3,9 % de toutes les prestations sociales.

Et dans ce montant figure le RSA.

Montant du RSA socle en 2023 :

11,797 milliards d’euros.

Rapporté aux 888,019 milliards de prestations sociales :

le RSA représente environ 1,3 % du total.

C’est probablement le meilleur antidote aux discours qui donnent l’impression que la protection sociale française serait essentiellement constituée de RSA.

Pour donner un ordre de grandeur :

les pensions de retraite de droit direct représentent près de 29 fois le coût du RSA.

336,5 milliards contre 11,8 milliards.

Et la prime d’activité ?

Autre prestation souvent classée abusivement dans « l’assistanat » : la prime d’activité.

Elle représente 10,697 milliards d’euros en 2023.

Mais sa fonction est précisément d’aider des personnes qui travaillent et dont les revenus sont faibles.

Présenter la prime d’activité comme une prestation récompensant l’inactivité n’a donc aucun sens.

RSA + prime d’activité représentent environ :

22,5 milliards d’euros.

C’est seulement 2,5 % des 888 milliards d’euros de prestations sociales.

Et environ la moitié de ces 22,5 milliards correspond à une aide versée à des actifs.

Les aides au logement représentent moins de 2 % du total

Le poste logement représente :

15,716 milliards d’euros, soit environ 1,8 % des prestations sociales.

Il comprend notamment :

  • APL : 6,915 milliards.
  • ALS : 5,509 milliards.
  • ALF : 3,164 milliards.
  • Autres prestations logement : 128 millions.

Là encore, nous sommes très loin d’une dépense capable d’expliquer à elle seule l’ampleur du système social français.

Le chômage pèse beaucoup moins que les retraites et la santé

L’ensemble du poste « emploi » représente 49,781 milliards d’euros.

Dans ce montant :

  • Le chômage représente 43,813 milliards.
  • La formation professionnelle : 3,206 milliards.
  • L’insertion professionnelle : 2,654 milliards.
  • Divers autres dispositifs complètent l’ensemble.

L’allocation chômage d’aide au retour à l’emploi représente 35,217 milliards d’euros.

Là encore, il faut distinguer assurance et assistance.

L’assurance chômage est financée dans le cadre du système de protection sociale et correspond à l’indemnisation d’un risque : la perte d’emploi.

Mettre dans la même catégorie un salarié licencié après vingt ans de travail et une personne vivant durablement du RSA n’a aucune valeur analytique.

Les prestations familiales représentent 63,8 milliards

Le poste famille atteint 63,841 milliards d’euros, soit environ 7,2 % du total.

Il comprend notamment :

  • Prestations en faveur de la famille : 21,956 milliards.
  • Prestations liées à la garde d’enfants : 18,283 milliards.
  • Aide sociale à l’enfance : 10,440 milliards.
  • Prestations liées à la maternité : 4,329 milliards.
  • Prestations liées à la scolarité : 3,217 milliards.

On y trouve donc aussi bien les allocations familiales que des aides à la garde d’enfants, l’aide sociale à l’enfance ou des prestations liées à la maternité.

Là encore, résumer ces dépenses sous le mot « assistanat » ne permet pas de comprendre ce qui est réellement financé.

Une grande confusion : prestation sociale ne signifie pas allocation sans contrepartie

C’est probablement là que se trouve le problème principal du débat politique.

Une prestation de protection sociale désigne très largement une prestation destinée à couvrir un risque ou un besoin social.

Cela inclut :

retraite + santé + invalidité + accident du travail + chômage + famille + logement + pauvreté.

Le terme ne signifie donc absolument pas :

argent distribué aux personnes qui refusent de travailler.

Cette assimilation est statistiquement fausse.

On peut parfaitement débattre du montant du RSA, de ses conditions d’attribution, de la fraude sociale, de l’immigration ou de la générosité de certains dispositifs. Ce sont des débats politiques légitimes.

Mais il faut utiliser les bons dénominateurs.

Dire par exemple :

« La France dépense près de 900 milliards d’euros de prestations sociales »

est exact.

Faire immédiatement suivre ce chiffre d’un discours sur les « assistés » donne en revanche une représentation profondément déformée de ces 900 milliards puisque plus de 80 % financent les retraites et la santé.

Autre piège : confondre stock global et dépenses accessibles aux étrangers

Le document ne ventile absolument pas les prestations selon la nationalité des bénéficiaires.

Il ne permet donc pas de calculer :

  • Le montant reçu par les Français.
  • Le montant reçu par les étrangers.
  • Le montant reçu par les immigrés.
  • Le montant reçu par les étrangers en situation régulière ou irrégulière.

Toute personne utilisant ce tableau pour annoncer que « les étrangers coûtent X milliards en prestations sociales » effectue donc un calcul qui ne figure pas dans ce document.

Il faudrait utiliser d’autres statistiques et examiner séparément chaque prestation, puisque les règles d’éligibilité sont différentes.

C’est particulièrement important lorsqu’on analyse les affirmations de Marine Le Pen, Jordan Bardella, Jean-Philippe Tanguy, Sarah Knafo ou Éric Zemmour : il faut comparer leurs chiffres précis et leur définition du périmètre aux données officielles, plutôt que de répondre à un slogan par un autre slogan.

Ce que montre réellement ce document

La bonne lecture peut être résumée ainsi :

Sur 100 euros de prestations de protection sociale versés en France en 2023 :

  • 45,1 € financent vieillesse et pensions de survivants.
  • 36,4 € financent la santé, l’invalidité et les accidents du travail.
  • 7,2 € concernent la famille.
  • 5,6 € concernent l’emploi.
  • 3,9 € concernent pauvreté et exclusion sociale.
  • 1,8 € concernent le logement.

Et dans ces 3,9 euros consacrés à la pauvreté et à l’exclusion, environ 1,33 euro correspond au RSA.

6 réponses à « Liste et coûts des prestations de protection sociale en France »

  1. […] Voir aussi Liste et coûts des prestations de protection sociale en France […]

  2. […] Le document Dufourcq/DREES est particulièrement utile pour éviter les effets d’optique. En 2… […]

  3. […] Le document réel sur la liste et les coûts des prestations sociales change complètement l’éche… […]

  4. […] Si la composition réelle des prestations sociales et de leur coût vous intéresse — voir Liste et coûts des prestations de protection sociale en France […]

  5. […] Et c’est précisément là qu’il faut lire Liste et coûts des prestations de protection sociale en France […]

  6. […] milliards de dettes dont la moitié « à cause » des retraites.. Voir Liste et coûts des prestations de protection sociale en France […]

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