Guerre du Donbass: stop aux mensonges

La propagande poutinienne, relayée par les fans et les idiots utiles, revient souvent sur la guerre du Donbass afin de justifier l’envahissement de l’Ukraine par la Russie.

Dans la plupart des cas, quand les fans de Poutine ou ses relais parlent de la guerre du Donbass, ils mentent en mélangeant les morts et les dates.

Voici les faits relatifs à la guerre du Donbass, faits vérifiables sur toutes les plateformes neutres.

Pour comprendre le Donbass, il faut éviter 2 récits simplistes :

  • Celui d’une révolte entièrement spontanée de populations russophones persécutées par Kiev.
  • Celui d’une invasion exclusivement extérieure sans participation locale.

Il y a bien eu, au printemps 2014, une contestation locale réelle contre le nouveau pouvoir ukrainien.

Mais cette contestation a été rapidement transformée en guerre armée grâce à l’intervention politique, militaire, financière et matérielle de la Russie.

Inversement, l’armée ukrainienne et certains bataillons engagés à ses côtés ont aussi commis des violations graves, notamment des bombardements insuffisamment discriminants, des détentions arbitraires et des mauvais traitements.

Après février 2022, la guerre du Donbass est « comprise » dans l’invasion russe.

Les origines du conflit

Le Donbass concrètement, ce sont les régions ukrainiennes de Donetsk et de Louhansk. Avant 2014, elles étaient majoritairement russophones, fortement industrialisées et politiquement plus favorables aux partis entretenant des relations étroites avec Moscou.

Mais russophone ne signifiait pas nécessairement séparatiste ou favorable à un rattachement à la Russie. L’identité y était complexe : beaucoup d’habitants parlaient russe tout en se considérant ukrainiens.

Si on veut résumer, le Donbass était encore très « soviétique » et donc « soumis » à Moscou en partie car les habitudes de l’URSS ne s’effacent pas facilement dans ce type de régions. De plus, économiquement, le Donbass n’était pas en « pleine santé » comme les territoires de l’Ouest de l’Ukraine qui bénéficiaient d’une grande ouverture à l’Ouest. Historiquement, le Donbass, ce sont surtout les mines, le charbon, autant de choses pas vraiment en pointe dans l’économie moderne..

La crise politique ukrainienne

En novembre 2013, le président Viktor Ianoukovitch suspend la signature d’un accord avec l’Union européenne et se rapproche de Moscou. Cette décision déclenche le mouvement de contestation de Maïdan.

Concrètement, Poutine interdit à Ianoukovitch de signer un accord commercial. La même chose se passe en ce moment avec la Georgie ou l’Arménie.

Et là, une question à laquelle ne répondent jamais les collabos du régime poutinien: est-ce normal d’interdire à un pays d’avoir des accords commerciaux avec qui il veut ?

Et là on peut regarder le commerce que fait Moscou avec l’Iran ou la Corée du Nord :-)))

Revenons à notre histoire du la guerre du Donbass.

Après 3 mois de manifestations, de violences et plus d’une centaine de morts, Ianoukovitch fuit Kiev en février 2014. Le Parlement le destitue et installe un pouvoir provisoire.

A ce moment là, il y a 2 discours, celui de l’Ukraine et celui de Poutine.

  • Pour une grande partie des Ukrainiens, Maïdan est une révolution contre un pouvoir autoritaire et corrompu.
  • Pour Moscou et une partie de la population du sud-est, il s’agit d’un coup d’État soutenu par l’Occident, auquel ont participé des groupes nationalistes ukrainiens.

La présence de mouvements ultranationalistes à Maïdan est réelle, mais ils n’ont ni dirigé le nouveau pouvoir ni obtenu un soutien électoral important par la suite. La présentation d’une Ukraine passée sous le contrôle de « nazis » relève donc de la propagande russe.

L’annexion de la Crimée

Fin février 2014, des soldats russes sans insignes prennent le contrôle de la Crimée (les « forces spéciales » et les commandos russes ne s’en cachent pas du tout). La Russie annexe ensuite la péninsule après un référendum organisé sous occupation militaire et non reconnu par l’ONU et une fois qu’énormément d’habitants ukrainiens aient fuit..

Comment la guerre commence

En mars et avril 2014, des manifestations prorusses ont lieu dans plusieurs villes du sud et de l’est. Des bâtiments administratifs sont occupés à Donetsk, Louhansk, Kharkiv et ailleurs.

La situation ne prend toutefois durablement une forme militaire que dans certaines parties de Donetsk et de Louhansk.

Le 12 avril 2014, un groupe armé dirigé par Igor Girkin, ancien officier du renseignement russe, s’empare de Sloviansk. Girkin reconnaîtra ultérieurement que son détachement venu de Crimée a joué un rôle déterminant dans le passage des manifestations à la guerre.

Le 14 avril, le gouvernement ukrainien lance une « opération antiterroriste » pour reprendre les territoires et bâtiments occupés.

En mai, les séparatistes organisent des référendums sans listes électorales fiables, sans observation indépendante et dans un contexte de contrôle armé et toujours avec beaucoup d’habitants qui ayant peur sont partis à l’Ouest et n’ont donc pas voté. Ils proclament les « républiques populaires » de Donetsk et de Louhansk. Aucun État membre de l’ONU, pas même la Russie à cette époque, ne reconnaît officiellement leur indépendance.

Quel a été le rôle exact de la Russie ?

La Russie a longtemps affirmé que la guerre était une guerre civile ukrainienne et que les Russes présents sur place étaient uniquement des volontaires.

Les éléments accumulés depuis montrent une réalité différente :

  • Des citoyens du Donbass ont effectivement participé à l’insurrection.
  • Des responsables russes ont occupé des postes centraux dans les nouvelles structures séparatistes.
  • La Russie a fourni des armes, des financements, des conseillers et des combattants.
  • Des unités régulières russes sont directement intervenues lors des moments où les séparatistes risquaient d’être vaincus.
  • L’artillerie russe a tiré depuis la Russie vers le territoire ukrainien.
  • Moscou a assuré la survie économique et institutionnelle des deux entités séparatistes.

En 2023, la Cour européenne des droits de l’homme a conclu que la Russie exerçait un contrôle effectif sur les zones séparatistes depuis le 11 mai 2014. Elle a considéré comme établi que des militaires russes étaient actifs dans le Donbass dès avril 2014 et que des troupes russes avaient été déployées à grande échelle au plus tard en août 2014. En 2025, la Cour a confirmé la responsabilité de la Russie dans des violations massives des droits humains liées au conflit.

On peut se rappeler qu’en 2014, lors du discours de l’annexion de la Crimée à Moscou, Poutine dit qu’il ne faut pas croire les gens qui prétendent que la Russie va attaquer l’Ukraine.. « La Russie n’a pas besoin de l’Ukraine » dit Poutine..

Le 18 mars 2014, lors de la cérémonie officialisant l’annexion de la Crimée, Poutine a dit « « Не верьте тем, кто пугает вас Россией, кричит о том, что за Крымом последуют другие регионы. Мы не хотим раздела Украины, нам этого не нужно. » » , soit « Ne croyez pas ceux qui cherchent à vous effrayer avec la Russie et qui affirment que d’autres régions suivront la Crimée. Nous ne voulons pas diviser l’Ukraine, nous n’en avons pas besoin. »

Chronologie des principaux événements

Février à avril 2014

  • Chute de Viktor Ianoukovitch.
  • Prise puis annexion de la Crimée par la Russie.
  • Manifestations prorusses dans le sud et l’est de l’Ukraine.
  • Occupation de bâtiments officiels.
  • Prise de Sloviansk par le groupe d’Igor Girkin.
  • Début de l’opération militaire ukrainienne.

Mai 2014

  • Référendums séparatistes à Donetsk et Louhansk.
  • Proclamation des deux « républiques populaires ».
  • Intensification des enlèvements, détentions, tortures et assassinats politiques dans les territoires contrôlés par les groupes armés. L’ONU documente alors une dégradation rapide de l’ordre public et des droits humains.

Été 2014

L’armée ukrainienne reprend progressivement du terrain, notamment Sloviansk en juillet. Les séparatistes semblent proches de la défaite.

Le 17 juillet, le vol civil MH17 de Malaysia Airlines est abattu au-dessus du Donbass. Les 298 personnes présentes à bord meurent. Les enquêtes internationales ont établi que l’avion avait été détruit par un missile Buk provenant d’une brigade antiaérienne russe et tiré depuis une zone tenue par les séparatistes.

En août, des forces russes régulières interviennent plus massivement. Elles participent notamment à l’encerclement des forces ukrainiennes à Ilovaïsk. Plusieurs centaines de soldats ukrainiens sont tués pendant les combats et lors de leur retrait.

Septembre 2014 : Minsk I

Un premier accord de cessez-le-feu est signé à Minsk entre l’Ukraine, la Russie, l’OSCE et les représentants séparatistes.

Il réduit temporairement l’intensité des combats mais n’est pas respecté. L’aéroport de Donetsk, Debaltseve et plusieurs autres secteurs restent le théâtre d’affrontements violents.

Janvier et février 2015

Les combats reprennent fortement. Les séparatistes prennent l’aéroport de Donetsk puis lancent une offensive contre Debaltseve avec l’appui russe.

Le 12 février 2015, les accords de Minsk II prévoient notamment :

  • un cessez-le-feu ;
  • le retrait des armes lourdes ;
  • une autonomie particulière pour certaines zones ;
  • des élections locales conformes au droit ukrainien ;
  • le retrait des formations armées étrangères ;
  • le rétablissement du contrôle ukrainien sur la frontière russe.

Les combats autour de Debaltseve continuent néanmoins après la signature.

De 2016 à 2020

Le front se fige sur une ligne d’environ 420 kilomètres. La guerre devient un conflit de positions marqué par :

  • des tirs d’artillerie et de mortier ;
  • des tireurs embusqués ;
  • des mines ;
  • des combats localisés ;
  • des destructions régulières de logements et d’infrastructures ;
  • des violations continuelles du cessez-le-feu par les deux camps.

L’intensité baisse fortement par rapport à 2014-2015, mais les morts continuent.

2020 et 2021

Un nouveau cessez-le-feu réduit encore les pertes, sans produire de règlement politique. En 2021, l’ONU recense 25 civils tués et 85 blessés, soit le bilan civil annuel le plus faible depuis le début du conflit. Une partie importante de ces victimes est provoquée par des mines et des munitions non explosées. Bilan civil de l’ONU pour 2021

Février 2022

La Russie affirme que l’Ukraine prépare une offensive, reconnaît les deux « républiques » le 21 février puis lance l’invasion générale le 24 février.

Aucune preuve solide d’une offensive ukrainienne imminente ou d’un génocide dans le Donbass n’a été établie. Les observateurs avaient bien constaté une forte augmentation des violations du cessez-le-feu dans les jours précédents, mais cela ne démontre pas que Kiev préparait une reconquête générale.

Combien de personnes ont été tuées avant l’invasion de 2022 ?

Selon l’estimation du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, entre le 14 avril 2014 et le 31 décembre 2021, la guerre a provoqué environ :

CatégorieMorts estimés
CivilsAu moins 3 404
Forces ukrainiennesEnviron 4 400
Membres des groupes armés séparatistesEnviron 6 500
TotalEntre 14 200 et 14 400
Blessés, toutes catégoriesEntre 37 000 et 39 000

Les 3 404 civils comprennent les 298 victimes du vol MH17.

Cela signifie que l’affirmation selon laquelle « l’armée ukrainienne aurait tué 14 000 civils du Donbass » est fausse. Les quelque 14 000 morts représentent l’ensemble des morts des deux camps : civils, soldats ukrainiens et combattants séparatistes.

La très grande majorité des morts civiles s’est produite en 2014 et 2015, pendant la phase de guerre ouverte. De 2016 à 2021, l’ONU recense environ 365 civils tués.

Ces chiffres restent des estimations minimales : des personnes disparues ou décédées dans des zones inaccessibles peuvent ne pas avoir été comptabilisées.

Qui a tué les civils ?

Il n’existe pas de répartition fiable permettant d’affirmer précisément : tant de civils tués par Kiev, tant par les séparatistes, tant par l’armée russe.

Les principales causes ont été :

  • les bombardements et tirs d’artillerie des deux côtés de la ligne de front ;
  • les armes explosives employées dans des zones habitées ;
  • les mines et munitions non explosées ;
  • le vol MH17 ;
  • les exécutions sommaires, disparitions et morts sous la torture ;
  • les tirs sur des véhicules ou personnes traversant les zones de combat.

Responsabilité des forces séparatistes et russes

Les groupes armés séparatistes ont installé des positions militaires dans des zones urbaines, bombardé des territoires sous contrôle ukrainien et commis des enlèvements, tortures, détentions secrètes et exécutions.

La Russie porte une responsabilité particulière parce qu’elle a armé, financé et soutenu ces forces, participé directement aux combats et exercé un contrôle effectif sur les territoires séparatistes.

Le tir contre le MH17 constitue l’incident civil le plus meurtrier du conflit avant 2022.

Responsabilité des forces ukrainiennes

Les forces ukrainiennes ont bombardé des secteurs séparatistes densément peuplés, notamment certains quartiers de Donetsk, Horlivka et Louhansk. Des civils ont donc incontestablement été tués par des tirs ukrainiens.

Des unités ukrainiennes et certains bataillons de volontaires ont aussi été impliqués dans :

  • des détentions arbitraires ;
  • des disparitions ;
  • des actes de torture et mauvais traitements ;
  • des pillages ;
  • des exécutions ou homicides illégaux.

L’ONU a documenté des exactions au sein des groupes armés comme des forces gouvernementales et a dénoncé l’impunité dans les deux camps.

Il serait donc faux de prétendre que l’armée ukrainienne n’a tué aucun civil. Mais il serait tout aussi faux de lui attribuer automatiquement toutes les morts survenues dans les territoires séparatistes : les échanges de tirs, l’origine incertaine de certains projectiles et l’impossibilité d’accéder à plusieurs zones empêchent souvent une attribution individuelle.

Quelle a été l’ampleur des destructions avant 2022 ?

Les villes situées sur la ligne de front ont subi les dommages les plus importants : Sloviansk, Kramatorsk, Debaltseve, Avdiïvka, Marïnka, Horlivka, Popasna et les périphéries de Donetsk et Louhansk.

Ont notamment été endommagés ou détruits :

  • des milliers de logements ;
  • l’aéroport international de Donetsk, pratiquement rasé ;
  • des ponts et des routes ;
  • des écoles et hôpitaux ;
  • des mines de charbon et complexes industriels ;
  • des réseaux électriques, hydrauliques et ferroviaires.

Une évaluation conjointe de la Banque mondiale, de l’ONU et de l’Union européenne estimait dès 2015 à environ 1,52 milliard de dollars les besoins immédiats de reconstruction dans les seules zones alors accessibles au gouvernement ukrainien. Elle indiquait que 3,9 millions d’habitants avaient été affectés et que plus de 1,6 million de personnes avaient été déplacées.

Il est impossible de partager toutes les destructions entre les deux camps avec un chiffre global sérieux. Dans une guerre d’artillerie, chaque camp a détruit des zones tenues par l’autre. Les forces séparatistes et russes ont détruit des localités et infrastructures sous contrôle ukrainien ; les tirs ukrainiens ont causé d’importants dégâts dans les villes sous contrôle séparatiste.

Après le 24 février 2022, les destructions du Donbass changent complètement d’échelle : Marioupol, Sievierodonetsk, Lyssytchansk, Bakhmout, Soledar, Popasna, Marïnka et Avdiïvka sont largement ou presque entièrement détruites au cours des offensives russes et des combats qui les accompagnent.

Avant février 2022, la guerre a tué environ 14 300 personnes, mais seulement 3 404 étaient des civils. Des civils ont été tués par les deux camps. La Russie porte néanmoins la responsabilité principale dans la transformation de la crise politique en conflit armé durable et dans le maintien des territoires séparatistes hors du contrôle ukrainien.

Et les accords de Minsk ?

Quand (et si ..) vous en arrivez là avec les collabos et idiots utiles du Poutinisme, ils vous diront « Et les accords de Minsk, hein, les accords de Minsk » ? Hollande et Merkel ont trahi Poutine !

Les accords de Minsk ont été la tentative de mettre fin à la guerre du Donbass tout en maintenant les territoires séparatistes au sein de l’Ukraine. Ils n’ont jamais été pleinement appliqués, mais ils ont contribué à faire passer la guerre ouverte de 2014-2015 à un conflit de moindre intensité.

Ils ne concernaient pas la Crimée : ils portaient uniquement sur certaines zones des régions de Donetsk et de Louhansk.

Minsk I : septembre 2014

À l’été 2014, l’armée ukrainienne reprend du terrain. Mais l’intervention directe de forces russes, notamment autour d’Ilovaïsk, renverse le rapport de forces.

L’Ukraine accepte alors de négocier.

Le protocole de Minsk est signé le 5 septembre 2014 par des représentants :

  • de l’Ukraine ;
  • de la Russie ;
  • de l’OSCE ;
  • des entités séparatistes de Donetsk et de Louhansk.

Il prévoit notamment :

  • un cessez-le-feu immédiat ;
  • une surveillance par l’OSCE ;
  • la libération des prisonniers ;
  • une amnistie ;
  • une décentralisation accordant un statut particulier à certaines zones du Donbass ;
  • des élections locales ;
  • le retrait des groupes armés illégaux et des combattants étrangers ;
  • le contrôle de la frontière russo-ukrainienne.

Un mémorandum complémentaire du 19 septembre fixe une zone de sécurité et le retrait des armes lourdes.

Mais les combats ne cessent pas. L’aéroport de Donetsk, Debaltseve et plusieurs autres secteurs restent disputés. Minsk I s’effondre progressivement.

Minsk II : février 2015

En janvier 2015, les séparatistes reprennent l’offensive avec un soutien russe important. L’armée ukrainienne risque un nouvel encerclement à Debaltseve.

Angela Merkel, François Hollande, Petro Porochenko et Vladimir Poutine négocient alors un nouvel accord. Le « paquet de mesures » est signé le 12 février 2015.

Minsk II prévoit treize mesures principales :

  1. Un cessez-le-feu immédiat.
  2. Le retrait des armes lourdes.
  3. La vérification de ce retrait par l’OSCE.
  4. Un dialogue sur les élections locales.
  5. Une amnistie pour les participants au conflit.
  6. L’échange de tous les prisonniers.
  7. L’acheminement de l’aide humanitaire.
  8. Le rétablissement des relations économiques et sociales.
  9. Le retour progressif du contrôle de la frontière à l’Ukraine.
  10. Le retrait de toutes les formations armées étrangères et des mercenaires.
  11. Une réforme constitutionnelle ukrainienne et un statut particulier pour certaines parties du Donbass.
  12. Des élections locales conformes au droit ukrainien et contrôlées par l’OSCE.
  13. La poursuite des négociations au sein du groupe de contact.

Minsk prévoyait-il l’indépendance du Donbass ?

Non.

Les accords prévoyaient que les territoires séparatistes restent juridiquement ukrainiens, mais avec :

  • une large autonomie locale ;
  • des droits linguistiques ;
  • la possibilité de former une police locale ;
  • une participation à la nomination de certains magistrats et procureurs ;
  • des relations économiques particulières avec la Russie ;
  • une protection contre des poursuites liées à la participation au conflit.

En échange, l’Ukraine devait récupérer progressivement le contrôle politique et territorial de la région, puis de sa frontière internationale.

Minsk ne reconnaissait donc ni l’indépendance des « républiques populaires », ni leur rattachement à la Russie.

Le piège du calendrier

Le principal problème résidait dans l’ordre des opérations.

Le texte prévoyait simultanément :

  • le cessez-le-feu et le retrait des armes ;
  • une autonomie constitutionnelle ;
  • des élections locales ;
  • puis le rétablissement du contrôle ukrainien sur la frontière, après les élections et le règlement politique.

La position ukrainienne

Kiev disait en substance :

Il est impossible d’organiser des élections libres tant que des combattants armés contrôlent le territoire, que les troupes et armes russes sont présentes et que l’Ukraine ne maîtrise pas sa frontière.

L’Ukraine demandait donc :

  1. Un cessez-le-feu réel.
  2. Le retrait des forces étrangères.
  3. Le désarmement.
  4. Le contrôle de la frontière.
  5. Ensuite seulement, des élections et un statut particulier.

Cette position était compréhensible sur le plan de la sécurité, mais elle ne correspondait pas exactement à la séquence écrite dans Minsk II, qui plaçait le retour complet de la frontière après le processus électoral.

La position russe

Moscou répondait :

L’Ukraine doit d’abord accorder le statut particulier, amnistier les combattants, négocier directement avec Donetsk et Louhansk et organiser les élections. La frontière sera rendue ensuite.

La Russie se présentait comme un médiateur et non comme un acteur de la guerre. Elle affirmait donc que Kiev devait négocier directement avec les représentants séparatistes.

Le problème est que la Russie armait, finançait et dirigeait largement ces structures. Moscou demandait ainsi à l’Ukraine de transformer politiquement le pays sous la pression de territoires militairement contrôlés par la Russie, tout en niant sa propre responsabilité.

Qui n’a pas respecté les accords ?

La réponse honnête est : aucun camp ne les a entièrement respectés, mais les manquements n’étaient pas identiques.

Les manquements de la Russie et des séparatistes

  • Les combats autour de Debaltseve se sont poursuivis après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu de Minsk II.
  • Les armes lourdes n’ont jamais été totalement retirées.
  • Les forces et équipements russes n’ont pas quitté le Donbass.
  • L’OSCE n’a pas obtenu un accès complet à la frontière.
  • Ses observateurs ont subi de nombreuses restrictions, principalement dans les territoires séparatistes.
  • Les structures militaires séparatistes n’ont pas été désarmées.
  • Des élections ont été organisées sans respecter le droit ukrainien ni les normes de l’OSCE.
  • Moscou a distribué massivement des passeports russes aux habitants à partir de 2019.

Surtout, la Russie refusait de reconnaître qu’elle devait elle-même retirer ses forces, puisqu’elle prétendait ne pas être partie au conflit.

Les manquements de l’Ukraine

  • Le statut particulier du Donbass n’a jamais été inscrit durablement dans la Constitution.
  • La décentralisation exigée n’a pas été menée jusqu’au bout.
  • L’amnistie générale n’a pas été appliquée.
  • Les modalités des élections n’ont pas été convenues avec les représentants séparatistes.
  • Kiev a instauré un blocus économique à partir de 2017.
  • Les forces ukrainiennes ont également violé les cessez-le-feu et maintenu des armes dans des zones interdites.

L’Ukraine a adopté certaines lois relatives au statut spécial, mais en a conditionné l’application à des élections libres et au retrait des forces étrangères.

Les accords ont-ils tout de même servi à quelque chose ?

Oui, malgré leur échec politique.

Ils ont permis :

  • une forte diminution du nombre de morts après 2015 ;
  • plusieurs échanges de prisonniers ;
  • la création de zones de désengagement ;
  • la présence de la mission d’observation de l’OSCE ;
  • des périodes de cessez-le-feu relativement efficaces ;
  • le maintien d’un canal de négociation entre l’Ukraine et la Russie.

Le nombre de civils tués est passé de plusieurs milliers en 2014-2015 à 25 en 2021. Minsk n’a donc pas apporté la paix, mais a limité l’intensité du conflit.

Minsk était-il destiné à donner du temps à l’Ukraine ?

Après l’invasion de 2022, Angela Merkel et François Hollande ont expliqué que les accords avaient aussi donné à l’Ukraine du temps pour se renforcer.

Ces déclarations sont parfois présentées comme la preuve que l’Allemagne, la France et l’Ukraine n’avaient jamais eu l’intention d’appliquer Minsk.

C’est une interprétation trop catégorique. Les deux idées peuvent coexister :

  • Berlin et Paris souhaitaient empêcher une défaite ukrainienne et obtenir un règlement négocié.
  • Ils savaient qu’un cessez-le-feu donnerait aussi à l’Ukraine le temps de reconstruire son armée.

En 2014, l’armée ukrainienne était désorganisée et très faible. En 2022, elle était incomparablement mieux entraînée et équipée. Minsk lui a effectivement donné du temps, volontairement ou non.

Mais la Russie a également utilisé cette période pour consolider les deux entités séparatistes, structurer leurs armées, distribuer des passeports russes et maintenir une pression permanente sur Kiev.

Comment les accords ont-ils définitivement pris fin ?

Le 21 février 2022, Vladimir Poutine reconnaît officiellement l’indépendance des « républiques populaires » de Donetsk et de Louhansk.

Cette décision détruit le fondement même de Minsk, puisque les accords prévoyaient le maintien de ces territoires dans l’Ukraine.

Poutine ordonne ensuite l’entrée officielle de troupes russes sous l’appellation de « forces de maintien de la paix ». Le 24 février, il lance l’invasion générale.

À partir de ce moment, les accords de Minsk sont morts.

Le bilan le plus juste des accords de Minsk

Minsk a échoué pour quatre raisons principales :

  • Le cessez-le-feu n’a jamais été réellement garanti.
  • La Russie refusait d’assumer son statut de partie au conflit.
  • L’Ukraine refusait une transformation politique sous occupation militaire.
  • Le texte ne réglait pas clairement l’ordre entre sécurisation, élections, autonomie et retour de la frontière.

L’Ukraine n’a pas appliqué toutes ses obligations politiques. La Russie et les séparatistes n’ont pas appliqué les obligations militaires et sécuritaires permettant précisément d’organiser une vie politique libre.

Il est donc faux de dire que seule l’Ukraine a saboté Minsk. Il est également inexact de prétendre que Kiev en a pleinement respecté le contenu. En définitive, Poutine a formellement enterré les accords en reconnaissant les deux entités séparatistes, puis en envahissant l’Ukraine.

Au final, la guerre du Donbass a servi de prétexte à Poutine, comme la Crimée avant, pour attaquer le territoire de l’Ukraine car concrètement et en réalité, ce sont des soldats russes qui ont attaqué l’Ukraine et pas l’inverse (alors qu’en Russie, on explique que l’Ukraine avait pour but d’attaquer la Russie :-)))).

Et les milliers, dizaines de milliers de morts sont ukrainiens, sans parler des horreurs de la guerre que commettent les soldats de Moscou..

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