Jordan Bardella n’a pas trop été à l’école. En fait, si, il y a été mais n’a jamais eu de très bons résultats scolaires (Comique de le voir parler de l’éducation nationale non ? )
Quand Bardella s’aventure à parler d’économie, c’est .. marrant.. et notamment quand il prétend faire de super économies en supprimant des aides..
Voyons en détail la réalité de ce que prétend Jordan Bardella quand il parle de « 15 milliards d’euros d’aides non contributives aux étrangers »
Jordan Bardella reprend régulièrement le même axe que Marine Le Pen : réserver une partie de la protection sociale aux Français et durcir fortement les conditions d’accès des étrangers aux prestations.
Mais chez lui, on dispose d’une affirmation particulièrement nette et récente.
En novembre 2025, dans une intervention sur France 5 reprise sur sa propre chaîne YouTube, Jordan Bardella affirme que :
« les aides non-contributives accordées aux étrangers représentent 15 milliards d’euros par an ».
Il ajoute vouloir « réserver la générosité du système social français aux nationaux ». (YouTube)
C’est donc un chiffre qu’il assume explicitement : 15 milliards d’euros par an.
En 2022, Bardella parlait déjà de 16 milliards
Le chiffre n’est pas nouveau.
Le 18 avril 2022, pendant la campagne présidentielle, Jordan Bardella expliquait sur TF1 que les mesures de Marine Le Pen en faveur du pouvoir d’achat seraient notamment financées par :
« la fin des aides sociales aux étrangers »
qu’il évaluait à :
« 16 milliards d’euros ».
Il précisait également qu’un étranger devrait justifier de cinq années de travail à temps plein avant de pouvoir accéder à certaines prestations. (TF1 Info)
Nous avons donc une remarquable continuité :
2022 : 16 milliards d’euros.
2025 : 15 milliards d’euros.
Mais l’intitulé change.
En 2022, Bardella parle de « fin des aides sociales aux étrangers ».
En 2025, il parle plus précisément de « 15 milliards d’aides non-contributives accordées aux étrangers ».
C’est cette deuxième affirmation qu’il faut vérifier.
Que signifie « non contributif » ?
C’est déjà un point important. Une prestation non contributive n’est pas liée directement au montant des cotisations préalablement versées par son bénéficiaire.
Cela peut notamment concerner :
- le RSA ;
- la prime d’activité ;
- l’AAH ;
- les aides au logement ;
- certaines prestations familiales ;
- le minimum vieillesse sous certaines conditions.
Mais « non contributif » ne signifie pas : « versé à quelqu’un qui ne travaille pas ».
C’est une confusion fréquente.
La prime d’activité, par exemple, est précisément destinée à des personnes qui travaillent mais ont des revenus modestes.
Les allocations familiales peuvent être perçues par un couple de salariés.
Un salarié étranger peut donc travailler, payer des cotisations, la CSG, l’impôt et la TVA tout en recevant parallèlement une prestation qualifiée de « non contributive ».
Présenter toutes les prestations non contributives comme de « l’assistanat » serait donc incorrect.
Peut-on retrouver les 15 milliards annoncés par Bardella ?
C’est là que les choses deviennent beaucoup plus compliquées.
L’Institut Montaigne a précisément tenté d’évaluer en 2024 la proposition du RN consistant à :
réserver les aides sociales aux Français et conditionner l’accès des étrangers aux prestations sociales non contributives à cinq années de travail.
Il examine notamment quatre grands dispositifs :
| Prestation | Dépense totale estimée | Part estimée versée aux étrangers |
|---|---|---|
| RSA | 11,784 Md€ | 1,378 Md€ |
| Prime d’activité | 10,4 Md€ | 1,217 Md€ |
| AAH | 11,9 Md€ | 1,392 Md€ |
| Aides au logement | 15,6 Md€ | 1,825 Md€ |
Soit environ :
5,8 milliards d’euros versés aux étrangers sur ces quatre grandes prestations. (Institut Montaigne)
Ce n’est pas 15 milliards.
Il existe évidemment d’autres prestations non contributives. Mais Bardella ne publie pas, dans cette déclaration, un tableau permettant de reconstruire précisément ses 15 milliards.
C’est le premier problème :
le chiffre est affirmé, mais son calcul détaillé n’est pas fourni.
Et les 5,8 milliards ne seraient même pas entièrement économisés
C’est le deuxième problème, encore plus important.
Même si l’on retient les estimations de l’Institut Montaigne, on ne pourrait pas économiser les 5,8 milliards en totalité.
Pourquoi ?
Parce que le RN ne propose pas nécessairement d’exclure tous les étrangers de toutes ces prestations.
Il propose notamment de permettre l’accès à certaines prestations après cinq années de travail.
Certains étrangers continueraient donc à y avoir droit.
Pour obtenir une estimation de l’économie réelle, l’Institut Montaigne doit donc estimer combien de bénéficiaires étrangers deviendraient effectivement inéligibles.
Dans son scénario central, il estime que la réforme générerait environ :
2,6 milliards d’euros d’économies par an
avec une estimation basse d’environ 0,6 milliard
et une estimation haute autour de 3 milliards. (Institut Montaigne)
On est très loin des 15 milliards annoncés par Bardella si son chiffre est présenté comme l’économie réalisable grâce à la restriction de ces prestations.
Les allocations familiales permettent d’ajouter quelques milliards
Le programme RN de 2024 prévoyait également de réserver les prestations familiales aux foyers dont au moins un parent est français.
L’Institut Montaigne estime cette mesure à environ :
3,8 milliards d’euros d’économies annuelles. (Institut Montaigne)
Additionnons donc les deux grandes mesures :
prestations de solidarité : ≈ 2,6 Md€ + prestations familiales : ≈ 3,8 Md€
= ≈ 6,4 milliards d’euros
L’Institut Montaigne évalue d’ailleurs l’ensemble des principales économies du programme RN de 2024 liées à la différenciation entre Français et étrangers et à certaines mesures migratoires à près de 8 milliards d’euros. (Institut Montaigne)
Nous sommes toujours très loin de 15 milliards.
L’AME ne permet pas de combler l’écart
Jordan Bardella cite également régulièrement l’aide médicale d’État.
En juin 2024, il déclarait :
« Les soins gratuits que nous offrons aux clandestins, c’est également plus d’un milliard d’euros ».
Il proposait de remplacer l’AME par une aide limitée aux soins urgents. (Institut Montaigne)
Cette fois, le montant brut annoncé est à peu près dans le bon ordre de grandeur. Les dépenses prévues pour l’AME de droit commun étaient d’environ 1,137 milliard d’euros en 2024, auxquelles s’ajoutaient environ 70 millions pour les soins urgents.
Mais supprimer l’AME ne permettrait pas d’économiser la totalité de cette somme puisque Bardella propose lui-même de conserver une prise en charge des urgences.
L’Institut Montaigne estime donc l’économie autour de :
700 millions d’euros par an et non un milliard intégral. (Institut Montaigne)
Même en ajoutant ces 700 millions aux 6,4 milliards précédents, on arrive autour de 7,1 milliards d’euros et toujours pas à 15 milliards.
Le vrai problème du chiffre de Bardella
Bardella peut parfaitement disposer d’un périmètre plus large.
Mais alors il faut le publier.
Pour rendre le chiffre de 15 milliards vérifiable, il faudrait disposer d’un tableau du type :
| Prestation | Montant versé aux étrangers |
|---|---|
| RSA | X |
| AAH | X |
| prime d’activité | X |
| APL | X |
| allocations familiales | X |
| ASPA | X |
| autres minima | X |
| etc. | X |
| Total | 15 Md€ |
Puis il faudrait préciser pour chacune :
- étrangers UE ou hors UE ;
- étrangers actifs ou inactifs ;
- conditions de résidence ;
- nombre de bénéficiaires ;
- part effectivement supprimable par le projet RN.
Sans ce travail, 15 milliards reste une affirmation politique, pas un chiffre démontré.
Un autre problème : Bardella parle de « générosité du système social »
Le choix des mots compte.
Dans sa déclaration de novembre 2025, Bardella dit vouloir :
« réserver la générosité du système social français aux nationaux ». (YouTube)
Cette formulation suggère implicitement que les prestations concernées seraient essentiellement une générosité financée par les Français au bénéfice d’étrangers.
Mais un étranger installé légalement en France peut :
- travailler ;
- payer des cotisations ;
- payer de la CSG ;
- payer de la TVA ;
- payer l’impôt sur le revenu ;
- payer des taxes locales et indirectes ;
- employer des salariés ;
- créer une entreprise.
Il peut simultanément recevoir des prestations sociales. Cela ne permet donc pas de mesurer son coût net.
Prenons un salarié étranger touchant la prime d’activité. On peut parfaitement comptabiliser : prime d’activité reçue : 2 000 € par an.
Mais si ce salarié a payé plusieurs milliers d’euros de prélèvements obligatoires dans le même temps, dire qu’il « coûte 2 000 € » est faux.
Le bon calcul serait : prestations + services publics reçus – prélèvements versés.
Bardella parle ici de dépenses brutes, pas du bilan budgétaire net de l’immigration.
Le cas de la prime d’activité illustre particulièrement bien le problème
Votre document indique qu’en 2023 la prime d’activité représentait environ :
10,697 milliards d’euros.
Or la prime d’activité est une prestation destinée à compléter les revenus professionnels.
Une partie des fameux « 15 milliards d’aides non contributives aux étrangers » de Bardella correspond donc potentiellement à des prestations versées à des étrangers qui travaillent.
C’est assez éloigné de l’image du « guichet social » qu’il utilise dans sa communication.
En février 2025, Bardella avait d’ailleurs résumé ainsi son propos :
« Notre pays ne doit plus être un guichet social ! »
tout en expliquant que les prestations sociales devaient être réservées aux Français, notamment les allocations familiales. (YouTube)
Le slogan fonctionne politiquement mais il ne décrit pas précisément la population bénéficiaire.
Remettons encore une fois les 15 milliards dans les 888 milliards
Supposons même, pour les besoins du raisonnement, que les 15 milliards de Bardella soient parfaitement exacts.
Cela représenterait : 1,7 % de l’ensemble des prestations de protection sociale.
Et cette comparaison est encore très généreuse pour son argument puisque les 15 milliards ne seraient pas intégralement économisables.
Pendant ce temps :
- vieillesse-survie : environ 400 milliards ;
- santé : environ 324 milliards.
Soit environ 724 milliards d’euros pour ces deux blocs seulement.
Le système social français est donc avant tout un système de retraites et de santé.
Pas un immense mécanisme de versement d’allocations aux étrangers.
Bardella ne démontre donc pas ce qu’il laisse entendre
Il faut être précis sur le verdict.
Il serait excessif d’écrire :
« Bardella invente entièrement les 15 milliards. »
Il existe effectivement des milliards d’euros de prestations non contributives versées à des étrangers.
En revanche, les données publiques et chiffrages indépendants que l’on peut reconstruire ne permettent pas de valider simplement son montant de 15 milliards.
Et surtout 15 milliards de prestations éventuellement reçues ≠ 15 milliards d’économies réalisables.
C’est la distinction fondamentale.
L’Institut Montaigne chiffre les deux principales mesures du RN à environ :
2,6 Md€ sur RSA/AAH/prime d’activité/logement + 3,8 Md€ sur les prestations familiales = 6,4 Md€ d’économies
auxquels pourraient s’ajouter environ 700 millions sur l’AME.
On reste autour de la moitié des 15 milliards annoncés.
Verdict sur Jordan Bardella
On peut résumer ainsi :
Affirmation vérifiée : Bardella affirme explicitement que les prestations non contributives accordées aux étrangers représentent 15 milliards d’euros par an.
Ce qui est vrai : les étrangers bénéficient effectivement de plusieurs milliards d’euros de prestations non contributives.
Ce qui n’est pas établi : aucune ventilation détaillée fournie par Bardella ne permet, dans les sources examinées, de retrouver proprement les 15 milliards.
Ce qui est trompeur si le chiffre est présenté comme une économie : l’économie réalisable serait nécessairement inférieure au montant actuellement versé, puisque certains étrangers conserveraient leur éligibilité.
Ce que donnent les chiffrages indépendants : les principales restrictions sociales du programme RN conduisent plutôt à un ordre de grandeur autour de 6 à 7 milliards d’euros, selon le périmètre retenu.
Enfin, même 15 milliards, s’ils étaient exacts, représenteraient environ 1,7 % des 888 milliards de prestations sociales françaises.
Cela ne permet donc absolument pas d’expliquer l’ampleur de la dépense sociale française.
Liens pour vérifier ce que Jordan Bardella a réellement dit
Voici d’abord les sources directes, à privilégier puisque vous pouvez entendre ou lire ses propres propos :
- Vidéo de Jordan Bardella – France 5/C à vous, novembre 2025 : « les aides non-contributives accordées aux étrangers représentent 15 milliards d’euros par an » (YouTube)
- Vidéo de Jordan Bardella – C à vous, février 2025 : « Notre pays ne doit plus être un guichet social » (YouTube)
- TF1, 18 avril 2022 – Bardella évoque « la fin des aides sociales aux étrangers » estimée à 16 milliards d’euros (TF1 Info)
Pour vérifier les chiffres et les économies réellement envisageables :
- Institut Montaigne – RSA et prestations de solidarité : estimation de 0,6 à 3 Md€ d’économies, 2,6 Md€ dans le scénario central (Institut Montaigne)
- Institut Montaigne – prestations familiales réservées aux foyers avec au moins un parent français : environ 3,8 Md€ (Institut Montaigne)
- Institut Montaigne – suppression de l’AME : environ 700 M€ d’économie estimée (Institut Montaigne)
- Institut Montaigne – synthèse du chiffrage du programme RN 2024 (Institut Montaigne)


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