Jean-Philippe Tanguy chiffre très directement les économies qu’il prétend faire à une restriction des prestations sociales pour les étrangers.
En juillet 2025, sur CNEWS, il affirme qu’il serait possible de réaliser :
« très facilement au moins 15 milliards d’économies »
en « réservant et priorisant les prestations et le modèle social aux Français ». (Dailymotion)
Quelques semaines plus tard, sur BFMTV, le chiffre monte même à :
18 milliards d’euros
d’économies sur l’immigration, en conditionnant certaines prestations aux étrangers en situation régulière ayant cotisé pendant cinq ans. (Dailymotion)
Et dès 2024, il expliquait déjà que le RN retenait une estimation de :
16 milliards d’euros par an
pour les seules « dépenses sociales » liées à l’immigration. (Dailymotion)
On a donc, selon les interviews :
15 milliards, 16 milliards ou 18 milliards d’euros.
Ce n’est pas forcément contradictoire si le périmètre change, mais justement : le périmètre n’est généralement pas détaillé assez précisément pour reconstruire le calcul.
Le passage le plus problématique : « sans avoir cotisé »
Dans son intervention sur CNEWS, Tanguy affirme qu’environ 500 000 personnes entreraient chaque année en France et auraient le droit :
« sans avoir cotisé, de se soigner, d’aller à l’hôpital, d’utiliser les EHPAD, de se faire loger gratos, d’avoir des allocations ».
Cette formulation pose plusieurs problèmes.
D’abord, toutes les personnes entrant en France n’ont évidemment pas les mêmes droits sociaux.
Les règles varient selon :
- la nationalité ;
- le statut de séjour ;
- la durée de résidence ;
- l’activité professionnelle ;
- la prestation concernée ;
- les accords européens ou internationaux applicables.
Ensuite, l’accès au RSA, par exemple, est déjà soumis à des conditions spécifiques pour de nombreux étrangers non européens. Le portail officiel Service-Public rappelle que la situation d’un ressortissant européen et celle d’un ressortissant d’un autre pays ne sont pas identiques. (Service Public)
Dire que quelqu’un « entre » en France et bénéficie aussitôt du même ensemble de droits qu’un Français ayant cotisé pendant trente ans produit donc une image très simplifiée du système.
Cotiser n’est d’ailleurs pas toujours la bonne question
Jean-Philippe Tanguy mélange aussi régulièrement 2 notions :
prestations contributives et prestations non contributives.
Une prestation contributive repose sur des droits acquis par l’activité professionnelle et les cotisations.
Exemples :
- retraite ;
- assurance chômage ;
- certaines indemnités journalières.
À l’inverse, une prestation non contributive est financée collectivement et dépend généralement de critères de ressources, de résidence ou de situation familiale.
Exemples :
- RSA ;
- aides au logement ;
- AAH ;
- certaines prestations familiales.
Mais une prestation « non contributive » n’est pas nécessairement versée à quelqu’un qui ne travaille pas.
La prime d’activité en est l’exemple évident : il faut précisément avoir des revenus professionnels pour la percevoir.
Donc lorsqu’un étranger salarié touche une prestation non contributive, cela ne signifie pas qu’il « ne cotise pas ».
Il peut simultanément payer :
- cotisations sociales ;
- CSG ;
- CRDS ;
- TVA ;
- impôt sur le revenu ;
- autres prélèvements.
Jean-Philippe Tanguy va parfois jusqu’à parler de prestations « contributives »
Dans une interview sur BFMTV, il explique vouloir réserver certaines aides aux étrangers qui auraient :
« cotisé pendant 5 ans »
et évoque ensuite explicitement les « prestations sociales contributives ». (Dailymotion)
C’est un point particulièrement important.
Si une prestation est réellement contributive, elle correspond justement à des droits acquis par les cotisations.
On peut politiquement décider de vouloir modifier ces règles.
Mais il devient beaucoup plus difficile de présenter ces prestations comme une simple « générosité » accordée aux étrangers.
Un salarié étranger qui cotise à l’assurance chômage ou à la retraite ne reçoit pas un cadeau : il participe au financement du régime dont il acquiert des droits.
Peut-on réellement retrouver les 15 à 18 milliards ?
C’est le problème central.
Tanguy affirme en 2024 que le RN a retenu :
« la somme très conservatrice et très raisonnable de 16 milliards d’euros par an »
pour les dépenses sociales liées à l’immigration. (Dailymotion)
Mais il reconnaît immédiatement :
« c’est très difficile »
à chiffrer, car l’État ne consoliderait pas toutes les dépenses liées à l’immigration. (Dailymotion)
Cette phrase est importante.
On a donc simultanément : « c’est très difficile à calculer »
et « 16 milliards est une somme très raisonnable ».
Le second énoncé est beaucoup plus affirmatif que ce que permet le premier.
Son chiffre de 2025 paraît inclure bien plus que les seules prestations sociales
Lors de la présentation du contre-budget RN pour 2026, Jean-Philippe Tanguy annonce environ 15 milliards d’euros d’économies sur l’immigration
par des mesures qu’il considère juridiquement applicables. (Dailymotion)
Mais il ne présente pas dans cette séquence un tableau détaillé permettant de vérifier :
- combien provient du RSA ;
- combien des APL ;
- combien des allocations familiales ;
- combien de l’AAH ;
- combien de l’AME ;
- combien d’autres dépenses liées à l’immigration.
Le chiffre fonctionne donc davantage comme un total politique annoncé que comme une somme facilement auditable poste par poste.
Le document réel sur la liste et les coûts des prestations sociales change complètement l’échelle
En 2023, les prestations de protection sociale représentent 888 milliards d’euros dont la très grande majorité finance les retraites et la santé.
Admettons même que les 18 milliards annoncés par Tanguy soient exacts et entièrement économisables.
Cela représenterait 2,0 % environ des prestations sociales françaises.
Avec son chiffre de 15 milliards 1,7 %.
Autrement dit, même en prenant les chiffres de Tanguy sans les contester, 98 % environ de la protection sociale française reste ailleurs.
Cette comparaison ne signifie pas que 15 milliards seraient sans importance. Elle montre simplement que les prestations versées aux étrangers ne peuvent pas expliquer à elles seules l’ampleur des dépenses sociales françaises.
Les masses principales restent :
- vieillesse et survie : environ 400 milliards ;
- santé : environ 324 milliards.
Le « 500 000 personnes par an » doit aussi être manié avec précaution
Tanguy affirme :
« vous faites rentrer 500 000 personnes par an »
et compare cela à la population de grandes villes françaises. (Dailymotion)
Le problème est qu’un tel chiffre n’a de sens que si l’on sait quelle population est comptée.
Selon le périmètre, on peut inclure :
- étudiants ;
- travailleurs ;
- regroupement familial ;
- réfugiés ;
- demandeurs d’asile ;
- ressortissants européens ;
- séjours temporaires.
Toutes ces catégories ne sont ni économiquement ni juridiquement équivalentes. Un étudiant venu trois ans en France ne représente pas la même chose qu’une installation permanente. Un salarié recruté par une entreprise française n’a pas le même profil budgétaire qu’une personne inactive.
Présenter tout cela sous un seul chiffre d’« entrants » ne permet donc pas de calculer leur coût social.
Le problème économique fondamental : dépense brute contre coût net
Comme chez les arguments à ce sujet de Bardella et Le Pen, c’est probablement ici que l’argumentation de Tanguy est la plus fragile.
Supposons qu’un étranger reçoive 3 000 euros de prestations sociales par an.
Si cette personne verse parallèlement 8 000 euros de cotisations, impôts et taxes, on ne peut pas dire qu’elle coûte 3 000 euros aux finances publiques.
Inversement, une personne inactive recevant des prestations peut avoir un bilan budgétaire négatif.
Il faut donc étudier recettes publiques générées contre dépenses publiques reçues.
Or les chiffres de Tanguy sont essentiellement présentés du côté des dépenses. Ils ne constituent donc pas à eux seuls une mesure du coût net de l’immigration.
Il existe néanmoins un argument de Tanguy qui mérite d’être pris au sérieux
Tanguy insiste beaucoup sur le taux d’emploi des étrangers.
Et là, il touche à une vraie question économique.
Le bilan budgétaire de l’immigration dépend énormément :
- de l’âge des immigrés ;
- de leur taux d’emploi ;
- de leur niveau de salaire ;
- de leur qualification ;
- du nombre d’enfants ;
- de la durée de séjour.
Un immigré jeune, actif et employé peut avoir un bilan public très différent d’une personne durablement inactive.
Donc le débat sérieux n’est pas simplement :
« immigration : coût ou bénéfice ? »
Il est plutôt :
quelle immigration, avec quel taux d’emploi et quelle intégration au marché du travail ?
Cette question peut parfaitement conduire à défendre une immigration plus faible ou plus sélective.
Mais ce n’est plus la démonstration selon laquelle « il suffit de réserver les prestations aux Français pour économiser 15 ou 18 milliards d’un claquement de doigts ».
Une formule de Tanguy résume particulièrement bien le problème
En juillet 2025, il dit que les 15 milliards peuvent être économisés :
« d’un claquement de doigts ».
C’est précisément là qu’il faut être le plus sceptique. Une économie budgétaire n’est presque jamais égale au montant brut d’une dépense ciblée.
Il faut tenir compte :
- des étrangers qui resteraient éligibles ;
- du droit européen et constitutionnel ;
- des prestations contributives ;
- des dépenses qui seraient transférées vers d’autres dispositifs ;
- des coûts administratifs ;
- éventuellement des effets économiques indirects.
Le terme « d’un claquement de doigts » est donc une simplification politique particulièrement forte.
En bref, ce que raconte Jean-Philippe Tanguy
Ce qu’il affirme réellement : entre 15 et 18 milliards d’euros d’économies seraient réalisables en réduisant les prestations et autres dépenses liées à l’immigration.
Ce qui est établi : les étrangers perçoivent effectivement plusieurs milliards d’euros de prestations sociales.
Ce qui ne l’est pas : Tanguy ne fournit pas dans les interventions examinées une ventilation suffisamment détaillée permettant de reconstruire proprement ses 15, 16 ou 18 milliards.
Le problème méthodologique : il passe fréquemment du montant des dépenses au montant des économies potentielles, alors que les deux ne sont pas identiques.
Le problème de vocabulaire : certaines de ses formulations mélangent prestations contributives, prestations non contributives et absence de cotisations.
Le problème d’échelle : même son estimation haute de 18 milliards représente environ 2 % des 888 milliards de prestations de protection sociale françaises.
Il serait donc raisonnable de discuter 15 ou 18 milliards d’euros d’économies potentielles.
Il serait beaucoup moins raisonnable d’en déduire que l’immigration est la cause principale du coût du modèle social français.
Liens pour vérifier ce que Jean-Philippe Tanguy a réellement dit
Sources directes ou vidéos contenant ses propos :
- CNEWS, 15 juillet 2025 — « au moins 15 milliards d’économies […] d’un claquement de doigts » (Dailymotion)
- Interview intégrale CNEWS — mêmes propos sur les 500 000 entrants et les 15 milliards (Dailymotion)
- BFMTV — Tanguy annonce 18 milliards d’euros d’économies sur l’immigration (Dailymotion)
- Europe 1, législatives 2024 — il évoque 16 milliards de dépenses sociales liées à l’immigration (Dailymotion)
- BFMTV — contre-budget RN : environ 15 milliards d’économies sur l’immigration (Dailymotion)
- Extrait consacré au chiffrage des 15 milliards du contre-budget RN (Dailymotion)
Pour vérifier les règles réelles d’accès aux prestations, le site officiel Service-Public détaille notamment les conditions applicables aux étrangers pour le RSA : Service-Public — règles relatives au RSA et aux ressortissants étrangers. (Service Public)


Laisser un commentaire