Parcoursup remplacé en 2028 : et si la meilleure stratégie était de rater son bac en 2027 ou de glander un an pour éviter l’ancien système ?

Bonne nouvelle pour les lycéens : Parcoursup sera remplacé en 2028. Mauvaise nouvelle pour ceux qui passent leur bac en 2027 : ils pourront toujours admirer le nouveau système depuis leur chambre d’adolescent, entre deux refus et une assiette de coquillettes.

Le gouvernement a trouvé une solution au problème Parcoursup : le remplacer en 2028.

Pour les élèves qui passent leur bac en 2027, il a trouvé une autre solution : leur expliquer que le remplacement aura lieu en 2028.

On imagine d’un côté, les parents qui répètent depuis septembre : « Travaille bien, ton avenir se joue maintenant. »et de l’autre, le gouvernement qui répond : « Oui, mais l’avenir sera rénové l’année prochaine. »

La session 2027 bénéficiera bien de quelques améliorations. Les refus devront notamment être expliqués. L’élève pourra donc lire, dans un français parfaitement compréhensible (Encore que..), pourquoi il n’a pas de place dans la formation qu’il avait choisie.

C’est toujours agréable de savoir qui vous a fermé la porte et pour quelle raison. Cela permet de frapper une dernière fois avant de rentrer chez soi.

Le futur système, lui, doit encore être construit. Nul ne sait précisément à quoi il ressemblera, comment il sélectionnera les candidats ni s’il sera réellement plus favorable. Mais il a déjà un avantage considérable sur Parcoursup : personne ne l’a encore essayé.

Et puis, comptons sur Le Pen pour donner un coup de menton et dire qu’elle reste sur le système d’avant (De toutes façons, Bardella ne passera pas par là).

Une question agite donc notre cellule de prospective, installée entre la machine à café et la photocopieuse en panne : combien de lycéens vont-ils tenter de rater leur bac ou prendre une année sabbatique pour éviter la session 2027 et se présenter en 2028 ?

Pour l’instant, nous ne disposons d’aucun chiffre. Ce qui ne nous empêche pas de sentir venir les nouveaux projets d’orientation.

« Madame, je ne suis pas nul, je suis en avance sur la réforme »

Dans les lycées, le redoublement pourrait enfin bénéficier d’une image positive.

Fini le pauvre élève qui baisse les yeux devant le conseil de classe. Place au stratège, qui a compris avant tout le monde que, cette année, le chemin le plus court vers les études supérieures consiste peut-être à rester au lycée.

— Vous n’avez rendu aucun devoir depuis trois mois, Mathis.

— Je prépare mon admission en 2028, madame.

— Vous avez obtenu 2 sur 20 à votre dernier contrôle.

— J’avais visé 1, mais je n’ai pas voulu prendre le risque d’être trop ambitieux.

— Et cette feuille blanche en philosophie ?

— Elle représente l’incertitude du système d’orientation. Le correcteur devrait comprendre.

Attention toutefois : le redoublement n’est pas une formule magique que l’élève peut commander comme un supplément frites. Ses possibilités dépendent de sa situation et des règles applicables. Même pour rater sa scolarité avec méthode, il faut se renseigner.

Le vrai danger reste de réussir son bac par inadvertance.

Un sujet facile, un correcteur de bonne humeur, un copain qui a trop bien expliqué les probabilités la veille : et voilà le candidat diplômé, obligé de regarder ses parents avec embarras.

« Je suis désolé. J’ai eu une mention. »

Les parents découvrent les vertus du 8 sur 20

Le changement de doctrine risque d’être difficile à avaler pour certaines familles.

Pendant des années, elles ont financé des cours particuliers, confisqué des téléphones, imprimé des fiches de révision et prononcé cette phrase immortelle : « Tu travailleras cet été si tu continues comme ça. »

Il va maintenant falloir expliquer au grand-père, qui a traversé trois guerres scolaires et obtenu son certificat d’études en marchant pieds nus dans la neige, que le petit a volontairement raté son bac pour optimiser sa trajectoire.

— Il a combien, en maths ?

— Cinq.

— Sur dix ?

— Non, sur vingt.

— Et vous êtes contents ?

— On attend les résultats de philosophie. S’il a moins de quatre, il pourra peut-être devenir ingénieur.

La pression parentale pourrait prendre une forme nouvelle. « Ne révise pas trop, tu vas finir par réussir ! » deviendra la phrase la plus entendue à l’approche des épreuves.

Certaines familles prendront tout de même des précautions : suppression des annales du bac, débranchement de la calculatrice et remplacement des fiches de révision par des vidéos de chats.

Par prudence, les professeurs particuliers seront priés d’expliquer les cours encore moins clairement que d’habitude.

Le bac en poche, puis direction le canapé

Les élèves qui ne souhaitent pas saboter leur scolarité peuvent aussi obtenir leur bac en 2027 et attendre un an avant de candidater dans le supérieur.

C’est l’année sabbatique, une pratique qui consiste officiellement à « mûrir son projet » et qui peut aussi, selon le budget familial, consister à travailler, voyager, chercher sa voie ou découvrir l’intégralité du catalogue d’une plateforme de streaming.

Dans les beaux quartiers, cela s’appellera une gap year.

Dans les familles moins fortunées, cela s’appellera : « Puisque tu restes à la maison, tu peux au moins sortir les poubelles ? »

Pour certains, l’année sera consacrée à un emploi, à un service civique ou à une expérience à l’étranger. Pour d’autres, elle permettra surtout de constater que douze mois chez ses parents représentent environ onze mois de trop.

Le projet devra néanmoins être présenté avec élégance. Sur un futur dossier de candidature, on n’écrira pas :

« J’ai attendu parce que votre ancien système me foutait les jetons. »

On préférera :

« J’ai choisi de consacrer une année à une démarche personnelle de réflexion, dans un contexte de transition des modalités nationales d’accès à l’enseignement supérieur. »

La deuxième formulation dit exactement la même chose, mais elle porte une chemise.

En 2028, tout le monde à la même porte

L’idée paraît excellente : éviter Parcoursup en 2027 et profiter du nouveau système en 2028.

Il y a seulement un petit détail. Si beaucoup de candidats ont cette idée, ils risquent de la partager avec tous les autres.

En 2028, la nouvelle plateforme pourrait donc accueillir les élèves qui viennent d’obtenir leur bac et ceux de 2027 qui ont patienté un an en attendant son ouverture.

Deux promotions, une seule porte et, devant, un ministre qui explique que tout se passe très bien.

Le gouvernement annonce des créations de places dans l’enseignement supérieur entre 2027 et 2028. Mais on ne sait pas combien de jeunes pourraient décider de reporter leur candidature, ni si les formations qu’ils souhaitent disposeront de suffisamment de places pour les accueillir.

Le nouveau site devra peut-être afficher dès sa page d’accueil :

« Félicitations ! Vous avez évité Parcoursup. Vous êtes actuellement 148 732e sur la liste d’attente de son remplaçant. »

Au moins, les candidats auront attendu un an de leur plein gré avant de découvrir qu’ils doivent encore attendre.

C’est ce que les spécialistes appellent un parcours cohérent.

Le gouvernement prépare un système plus simple, dont personne ne connaît encore les règles

La grande force de la réforme annoncée pour 2028, c’est que chacun peut pour l’instant y voir ce qu’il veut.

Les lycéens imaginent un accès plus juste. Les parents espèrent moins de stress. Les universités se demandent combien de places elles auront. Les ministres parlent de simplification. Et les informaticiens commencent à se demander si le cahier des charges arrivera avant ou après les vacances de Noël 2027.

Un comité doit travailler au futur dispositif. Les premières recommandations sont attendues fin novembre. D’ici là, les familles disposent d’un outil d’orientation très moderne : l’imagination.

Certains rêvent déjà d’une plateforme où l’on indiquerait simplement :

« Bonjour, je voudrais étudier la psychologie à vingt minutes de chez moi. »

Et où l’on répondrait :

« Bonjour, votre inscription est confirmée. Nous vous souhaitons une excellente rentrée. »

Le ministère rappelle néanmoins que ceci relève pour le moment de la science-fiction, au même titre que les trains à l’heure le lendemain d’une tempête et les imprimantes qui fonctionnent du premier coup.

Les profiteurs de Parcoursup demandent un plan de sauvetage

Dans l’émotion générale, le gouvernement a oublié les véritables victimes de cette réforme : les milliers de personnes dont le modèle économique repose sur une famille regardant son ordinateur en murmurant « Mais qu’est-ce qu’ils veulent, à la fin ? ».

Depuis des années, Parcoursup fait vivre tout un petit monde : coachs en orientation, spécialistes du dossier, préparateurs d’entretien, correcteurs de lettres de motivation et experts autoproclamés capables de transformer une partie de Monopoly en expérience de direction financière.

Certains travaillent de manière déclarée et proposent un accompagnement réel. D’autres ont des pratiques plus discrètes : une séance dans le salon, un paiement en liquide et une facture qui, comme certaines réponses de Parcoursup, n’arrive jamais.

Tous pourraient être touchés par une simplification excessive du système.

Que deviendra ce coach qui facture 300 euros pour expliquer à un adolescent qu’il doit éviter d’écrire « je c pas trop » dans sa lettre de motivation ?

Comment survivra cette conseillère qui vend un forfait « révélation du potentiel » à des parents dont l’enfant a déjà dit dix-sept fois qu’il voulait devenir kiné ?

Qui prendra soin de ce réviseur au noir qui corrige les fautes du dossier en faisant lui-même payer une faute d’orthographe ?

Un plan de reconversion s’impose. Le gouvernement pourrait proposer aux professionnels concernés des formations pour apprendre à accompagner les usagers d’autres labyrinthes administratifs. Les possibilités ne manquent pas.

Rassurez-vous : l’angoisse peut changer de nom

La profession ne devrait toutefois pas rester longtemps sans ressources. Si Parcoursup disparaît, son remplaçant fournira probablement de nouvelles occasions d’être accompagné.

On voit déjà fleurir les publicités :

« Nouveau système 2028 : ne prenez aucun risque ! »

Pour 490 euros, un spécialiste vous expliquera ce que le ministère publiera gratuitement sur son site. Pour 790 euros, il vous l’expliquera lentement. Pour 1 200 euros, il ajoutera : « Votre enfant a un profil intéressant », tout en regardant les parents droit dans les yeux.

Le forfait supérieur comprendra une relecture du dossier, une préparation à l’entretien et un appel de trente minutes pour rappeler à la famille qu’elle a bien raison d’être inquiète.

Quant aux élèves qui auront passé un an à ne rien faire, ils pourront acheter le module « Valoriser son année de réflexion ».

Au programme : apprendre à transformer « J’ai joué à la console jusqu’à 3 heures du matin » en « J’ai développé ma capacité à conduire des projets collectifs en environnement numérique ».

Avec, en option, la traduction de « J’ai promené le chien » en « J’ai assuré la responsabilité quotidienne d’un être vivant dans le cadre d’une mission de confiance ».

Une intelligence artificielle pour remplacer l’angoisse naturelle

Parmi les pistes évoquées pour 2028 figure aussi un outil d’orientation utilisant l’intelligence artificielle. Il pourrait aider les élèves à choisir leurs formations à partir de leur parcours, de leurs envies et des données des campagnes précédentes.

Une perspective réjouissante : après avoir été stressés par un algorithme dont ils ne comprenaient pas les règles, les lycéens pourront peut-être être conseillés par une intelligence artificielle dont ils ne comprendront pas les réponses.

— Je voudrais devenir vétérinaire.

— Votre profil correspond à une licence d’histoire de l’art à 480 kilomètres de votre domicile.

— Pourquoi ?

— Parce que vous avez aimé les animaux sur une photographie de la Renaissance.

En cas d’erreur, les candidats pourront toujours demander une explication à l’intelligence artificielle. Celle-ci leur répondra sans doute qu’elle est désolée, qu’elle comprend leur frustration et qu’elle leur souhaite beaucoup de succès dans leurs études d’histoire de l’art.

Les coachs, eux, proposeront immédiatement une formation : « Comment parler à l’IA pour qu’elle comprenne que votre enfant veut soigner des chats. »

Il ne reste plus qu’à choisir son année

Pour la génération 2027, la situation est donc simple.

Elle peut passer son bac, utiliser Parcoursup et bénéficier d’un refus mieux expliqué. Elle peut aussi obtenir son diplôme, attendre un an et découvrir le nouveau système en même temps que tout le monde. Ou tenter de redoubler, avec les aléas que comporte une stratégie fondée sur l’échec volontaire.

Dans tous les cas, il lui faudra prendre une décision avant de savoir exactement quelles seront les règles de 2028.

Une excellente préparation à la vie adulte en France : on vous demande de faire le bon choix, puis on vous explique les règles après.

En attendant, les élèves de terminale peuvent se remettre au travail. Ou pas.

Tout dépend de leur projet d’orientation.

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