Peillon et les profs de classes prepas: le 2ème combat

Toujours en bataille pour la réforme des rythmes scolaires des petits (réforme que tout le monde trouvait bien sur le papier avant de dire "oui mais pas moi" avec l'aide de la vague bleue de mai 2012 -marrant d'ailleurs de voir les descendants du Gaullisme dire que toute réforme est impossible en France alors queux-mêmes se bloquent pour des questions de logistique tandis que De Gaulle faisait en disant que la logistique suivrait 😉) Vincent Peillon a trouvé de nouveaux ennemis avec les profs de prépas.

Le projet de Vincent Peillon va enlever quelques gains aux profs de prépa (a priori pour mettre l'argent dans des zep mais là n'est pas le problème du .. problème ;-)).

D'après le Figaro même, qu'on ne peut accuser de bienveillance envers Peillon:

Actuellement, les professeurs de prépa ont un service obligatoire entre huit et onze heures de cours hebdomadaires qui oscille selon les effectifs de la classe et son niveau

Or, et c’est une particularité des prépas, plus l’obligation de service est faible, plus l’heure supplémentaire est payée chère… Ceux qui travaillent dans les lycées à forts effectifs, qui sont souvent situés en centre-ville et font partie des plus prestigieux, ont donc beaucoup à perdre: avec la réforme Peillon ils auront tous dix heures obligatoires à assurer quels que soient les effectifs de leurs classes.

Du coup, tous ceux qui effectuent aujourd’hui moins de dix heures devront travailler une ou deux heures de plus sans être payés plus. Ceux qui cumulaient quatre à six «heures supplémentaires» devront en faire moins, rognant ainsi leurs revenus.

(tjrs le Figaro: En mai dernier, la Cour des comptes avait fait grand bruit en pointant un professeur agrégé de langue vivante rémunéré 107.339 euros net, en grande partie grâce à ses multiples heures supplémentaires. La Cour rappelait que les enseignants de classes prépa touchaient en moyenne 28 % de plus que les agrégés de lycée, eux-mêmes gagnant 30 % de plus que les professeurs certifiés… )

Parmi les heures supplémentaires des profs de prépas, il y a bien sûr les heures de colle (interro aux petits oignons des élèves de prépas).

 Sur http://aphec.it-sudparis.eu/spip.php?article366  (un site des prof de prépas aux écoles économiques et sociales), on trouve la loi, la jurisprudence et les tarifs actuels de ces heures supplémentaires:

Prix heures sup classes prépas

 Dans les "colles" ne travail du prof est exactement le même quelle que soit la taille de la classe (puisqu'il s'agit de travail individuel) .. En obligeant les profs à faire 10 heures de travail à taux "normal", Peillon limite donc automatiquement le nombre d'heures supplémentaires payées beaucoup plus..

Marrant de voir que:

– ceux qui prétendent en temps habituel que les profs ne foutent rien se mettent maintenant à critiquer cette réforme

– ceux qui disent que le budget de l'éducation nationale est un gouffre sont contre cette augmentation d'heures obligatoires à taux "normal"

Et comique de voir les pétitions de ce genre http://www.petitions24.net/les_eleves_de_cpge_soutiennent_leurs_enseignants, contre la réforme Peillon, et qui ne parlent absolument pas du prix / cout des heures et du système actuel, pourtant dénoncé par la Cour des Comptes.

 

8 responses to “Peillon et les profs de classes prepas: le 2ème combat”

  1. Avatar de Olivier Delamarche
    Olivier Delamarche

    Bon vous n’aimez pas les profs de prépa comme M. Peillon? parce que la prépa c’est un concours et qu’il faut donner les diplômes à tout le monde et ne pas faire trop d’effort, et que ça suffira pour être compétitif face aux ingénieurs chinois, indiens, coréens?
    Vous préférez qu’on remplace ces formations gratuites pour les étudiants par des formations comme Sciences Po à 12.000€ par an?
    Il faut savoir lire entre les lignes d’un projet: voir
    http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/reforme-des-cpge-et-reforme-de-la-144259
    Cordialement

  2. Je suis en prépa et pense aussi qu’il faudrait réduire le salaire des professeurs. Cependant, ne pensez vous pas qu’une baisse de 10 à 20% est absolument colossale? Lorsque je vois le travail fourni, notamment bénévolement dans:
    -la surveillance des ds,
    -le rôle du professeur relais,
    -la disponibilité h24 (j’ai le numéro et le mail de tous mes profs, à contacter en cas de problème).
    Je pense que le travail fourni ne mérite pas un tel traitement, et que le discours ministériel présentant leur salaire comme une inégalité vis à vis des autre professeurs est absolument injuste et dénigrant.
    De plus, la classe préparatoire est la seule chose qui « marche » dans l’Education Nationale. Accorder 1 à 2h de + au ZEP n’apportera pas un effet miraculeux sur ces écoles, ou les difficultés ne se résolvent pas à coup d’heures supplémentaires dans les emplois du temps.
    Pour finir, je constate que vous avez « omis » de dire que la plupart des professeurs gagnent en réalité environ 5000 euros par mois, que les professeurs gagnant 10000 sont des cas exceptionnels, qui on fournis un grand travail pour en arriver là.
    A force de présenter les professeurs comme des feignants, on a finit par les voir comme les profiteurs de la société, alors que, paradoxalement, se sont les seuls qui sont encore là pour la sauver.
    Amicalement

  3. Bonjour Je suis professeur en Classes Préparatoires.
    Comment perçois-je l’annonce du ministre de me baisser de 25% mon salaire? (j’ai calculé précisément ce serait 20% pour moi)
    Mal, évidemment, quel lecteur, quel salarié ou patron accueillerait ceci comme une bonne nouvelle? Quel retraité apprécierait la nouvelle?
    Pourquoi gagne-t-on ce salaire? Parce qu’enseigner à un tel rythme en bac+1 et bac+2 à des étudiants qui arrivent désormais sans aucun savoir du lycée, et devoir les amener à un niveau en fin de bac+2 (les concours) qui a été maintenu très exigeant, afin de tenter de rester performants au niveau international, est une épreuve que très peu peuvent mener à bien.
    Donc il faut recruter des profs qui acceptent cette charge: mes amis profs de fac n’en veulent pas, ils préfèrent faire de la recherche, voyager (au frais de l’État) pour des conférences, avoir seulement 2 ou 3 étudiants à s’occuper et faire les choses tranquillement, avoir leur bureau personnel sur leur lieu de travail etc., D’autres ne peuvent pas car ils ont perdu la largeur du spectre de connaissances nécessaires car ils se sont trop spécialisés au cours de leurs études.
    Je suis docteur, j’ai passé une thèse après avoir fait l’Ecole Polytechnique puis un grand corps de l’Etat; je pouvais entrer à l’ENA ensuite direction l’inspection des finances ou le conseil d’Etat, mais j’ai choisi cette voie de la recherche et de l’enseignement; elle rend service à mon pays autant que de travailler dans un cabinet ministériel, et plus que si j’avais accepté les offres des banques pour rester trader. Car je suis aussi rapidement passé par la case de l’entreprise privée en étant embauché dans une banque internationale.
    Traders, d’autres amis le sont toujours, et gagnent actuellement, pour les mêmes diplômes que moi et peu ou prou les mêmes compétences, plus de 100 000 euros par mois (par mois oui), soit plus de 28 fois mon salaire de 3500 euros par mois. Et qu’apportent-ils au pays qui les a éduqués?
    Lorsque je faisais du trading, je gagnais 10 fois mon salaire actuel, et je ne payais peu d’impôts, et en tout cas aucun impôt en France. Est-ce cela que vous préféreriez, que je travaille pour des Hedge funds étranger à dépecer notamment les entreprises françaises, à vous mettre au chômage et à attaquer la France comme la Grèce a été attaquée?
    Moi j’ai fait le choix de la citoyenneté en formant les jeunes forces vives de notre pays, dans la filière des CPGE qui est la seule filière gratuite qui fonctionne en France.
    Alors arrêtez de venir me dire de manière comminatoire qu’il faut réduire mon salaire. Pourquoi ne pas réduire le vôtre plutôt? Quels sont vos diplômes, vos qualifications, votre apport à la société et à votre pays? Qui êtes-vous pour me donner de telles leçons?
    Qui est ce ministre pour vouloir m’agresser de la sorte?

  4. @prof en colère: si vous avez vraiment fait polytechnique et si vous êtes vraiment prof de prépas, alors il faut vite changer de métier.
    D’une part vous mélangez baisse de salaire et augmentatin du nombre d’heures obligatoires.
    La réforme indique simplement que vous aurez MOINS d’heures supplémentaires comptées, de l’ordre d’une ou 2 par semaine et en atténuant les différences énormes de rémunération d’heures supp qui existent actuellement en fonction du nombre d’élèves dans la classe ALORS QUE SOUVENT LES HEURES SUPP CONCERNENT DES trucs en petits groupes de 3 !!
    par ailleurs, si vous avez vraiment été à l’X vous devez savoir ce qu’est un engagement, vous dites aussi avoir ensuite « choisi » donc cessez de vous plaindre ou alors partez dans le privé..
    Vous devriez aussi savoir que la nature a horreur du vide. Bien vite serez vous remplacé ..

  5. @Olivier Delamarche: pour être compétitifs par rapport aux ingénieurs chinois indiens et coréens, il faudrait en former bcp + qu’actuellement et qu’en + ils ne partent pas faire des masters ou ne se dirigent pas vers la finance.
    Au delà de ce problème, il est symptomatique une fois de plus de voir les corporatismes qui dans les cocktails parlent de la nécessité de réformer mais se bloquent dès qu’il s’agit de faire un effort
    @Anne: voici les salaires en France: http://www.salairemoyen.com/france.html
    et ces gens refusent de passer 1 h ou 2 au prix normal plutôt qu’en heures supplémentaires ?

  6. Je trouve ça vraiment trop facile d’attaquer ces profs. Le travail qu’il fournisse est absolument énorme. Ils maitrisent parfaitement leur domaine. Ils ont fait de longues années d’études, de grandes écoles. Ils ont travaillé pour parvenir à ce niveau.
    Et aujourd’hui qu’on a fini d’opéré des coupes dans tous les budgets, on se retourne vers les profs de prépa sous prétexte qu’ils gagnent plus que les autres.
    Eh bien oui! Quand on fait plus d’étude, quand on travaille plus, le salaire est nécessairement à la hauteur.
    Au passage, effectivement « la nature a horreur du vide »… Mais si le salaire s’amoindrit, les meilleurs profs, sélectionnés sur le volet aujourd’hui, ne verront plus l’intérêt de faire un tel métier, malgré la passion qu’ils ont pour leur travail. Ce sont les profs de lycée lambda qui vont venir combler ce vide. Les classes prépas vont donc se retrouver au même niveau que les lycées. Quel devient donc l’intérêt de passer par de telles classes? C’est leur mort qui s’annonce.
    Très personnellement, je ne souhaite pas tenir de propos radical, car la baisse de leurs salaires me semble souhaitable. Il est normal que tout le monde participe à l’effort entrepris, quel que soit le niveau, la parcours, le salaire… Mais 10 à 20%!!??? La perte d’1/5 du salaire, par une décision prise en catimini, visiblement dans le but que personne n’ait le temps de réagir, est une honte de la part d’un gouvernement a priori démocratique.
    Je trouve de plus que cette image du prof de prépa, représentant de l’injustice entre les différents niveaux scolaires, des petites classes aux études supérieurs, est absolument ignoble. Le ministre pense pouvoir les attaquer sous prétexte qu’ils sont discrets et peu nombreux, et en brandissant les ZEP comme bouclier justificateur… C’est extrêmement lâche!
    Enfin, je remarque que vous n’avez absolument pas répondu à ce que je vous avait fait remarqué précédemment. Notez cependant qu’il vaut mieux se taire que de dire des âneries.
    Merci cependant pour ce lien. J’en ai conclue que 10% de la population gagnait environ 5000 euros/mois ou plus, que 10 autre pourcents gagnait environ 1500 euros/mois, pas moins pas plus. Il y a aussi l’arrivée des femmes sur le marché du travail, et ainsi la recrudescence des mi-temps, qui influe sur ses pourcentages et les fait nécessairement baisser. Les profs de prépa sont donc placés au milieu de ces deux tranches, plutôt dans la partie haute, sans pour autant faire partie des plus riches.
    Et bien oui! lorsque l’on a fait l’effort d’arriver là ou l’on est, par acharnement du travail et amour du métier, les payer en conséquent de cela me semble approprier
    Alors merci d’arrêter les propos marxistes du  » tous égaux », car il m’apparaît évident que l’homme qui travaille à mi-temps ne gagnera pas le même montant que l’homme qui travaille h24, même souvent bénévolement, par pur amour de son métier
    A bon entendeur.

  7. Je crois, hélas, que vous n’avez pas bien compris. Il s’agit tout simplement de BAISSER DE 15% en moyenne la rémunération des professeurs de classes préparatoires qui actuellement effectuent un service de plus de 8 ou 9 H (heures imposées dans leur service au moment de leur nomination, c’est-à-dire donc qu’ils n’ont pas choisies) et d’AUGMENTER JUSQU’A 20% sans augmentation de salaire le service des professeurs qui effectuent un service de 8 ou 9 H.
    La question n’est donc pas de savoir si les profs de prépa sont des méchants, des conservateurs ou une caste de mercenaires de l’éducation nationale assis sur leurs privilèges, mais un problème de management au sein de l’Education nationale.
    Quelle catégorie de salariés accepterait sans broncher une perte de salaire de 15% ou une augmentation de 20% de sa charge de travail? Est-ce la meilleure façon de motiver les équipes?
    L’école française n’est pas assez égalitaire; elle décroche dans les mesures internationales, c’est-à-dire qu’elle n’a pas su faire les bons investissements au moment où il le fallait. Le seul domaine qui résiste encore, et auquel participent les classes prépa, tout comme les deuxième et troisième cycles universitaires, c’est celui des formations supérieures les plus exigeantes. Dans le contexte de la mondialisation où la formation des cadres est un secteur soumis au jeu de la concurrence internationale, des synergies bien sûr restent à inventer entre les deux systèmes, mais ceux-ci en ce moment se rapprochent. Et que choisit le ministre? Une mesure qui déstabilise à terme une partie du système de formation supérieure: il ne s’agit pas seulement en effet de rogner sur le salaire des profs de prépa; si ceux-ci sont des agents rationnels, ils rogneront d’autant sur leur temps de correction/préparation, touchant à terme la qualité de l’enseignement dispensé en classes prépa, dont l’objectif n’est pas d’abord d’être un enseignement « de classe » au service de la bourgeoisie, mais une classe de propédeutique aux méthodes et aux enjeux de l’enseignement supérieur.
    Bref, Vincent Peillon montre qu’il n’a pas mesuré, comme presque toute la gauche du PS d’ailleurs, les défis qui sont actuellement ceux du pays. Il pense Education Nationale, c’est-à-dire à répartir l’effort budgétaire au sein d’un ensemble clos, et ne comprend donc la grogne des profs de cpge que comme un conservatisme. Tandis qu’il faudrait penser mondialisation et création de richesses, effort auquel participent largement les profs de prepa et au regard duquel leur salaire demeure un très rentable investissement.
    Bref, il serait temps pour tous – et pour la clarté du débat – qu’on laisse un peu tomber les regards idéologiques sur les questions d’éducation, qu’un peu de social démocratie, c’est-à-dire de pragmatisme redistributeur,fasse enfin son entrée dans l’Ecole.

  8. @franck: diable ! Les Classes prépas sont un symbole de gros travail et vous hurlez à la mort pour passer de 8-9 heures à 10-11 heures au même tarif plutôt que d’avoir ces 1 ou 2 heures au tarif d’heure supplémentaire ?
    n’avez-vous pas l’impression d’être déconnecté de la réalité quotidienne de millions de français que VOS élèves, dont VOS élèves si ils réussissent dans les plus grandes écoles, auront à « s’occuper » plus tard ?
    Vous parlez des classements d’écoles .. Etes-vous assez idiot pour ne pas savoir que ces classements sont basés sur des critères qui n’ont rien à voir avec la tradition de l’éducation en France. En France, un bon prof est avnt tout un pédagogue, pas quelqu’un qui publie comme aux USA. En France, une bonne école est une école où il est difficile d’entrer, pas une école où enseignent des sommités. je passe sur le fait qu’à cause de l’invasion de l’anglais, on ne parle en général à l’étranger que d’ « universités » sans considérer la spécificité française de grandes Ecoles..
    Si vous comparez avec d’autres pays, savez-vous que pas mal de pays ont des profs des équivalents de prépas qui sont même payés au noir car l’administration ne peut plus les payer ?
    @Anne: si vous faites une bijection entre « durée d’études » et « rémunération », faites encore quelques études pour comprendre la vraie vie.. l’argent et le paiement ne viennent pas du mérite mais de l’offre et de la demande dans l’économie actuelle.
    Si avant les meilleurs éléments devenaient profs, ce n’est plus le cas bien que cette profession soit très noble.
    Ceux qui ont vraiment la foi, la pédagogie en eux, l’amour de l’élève, ne font pas du syndicalisme pour 1 h ou 2 h qui passent d’un prix d’heures sup à 1 prix d’heure normale; Auriez-vous préféré que Peillon limite les heures supp et les donne à des profs ou étudiants sans emploi ?
    Pour rencontrer le véritable esprit des vrais professeurs, lisez « le travail intellectuel » de jean Guitton; il vous donnera aussi des méthodes pour travailler et vous pourrez d’ailleurs juger la qualité de vos profs au fait qu’ils vous les ont données ou pas.

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