Dans le mou milieu de l'armée française, où l'on ne dit rien (en façade par le fUmeux "grande muette" et en profondeur par caractère auto-régénéré et peur pour l'avancement), la tribune de quelques lieutenants "Nous, jeunes officiers, sommes inquiets des gaspillages et des coupes budgétaires commis au détriment de la capacité opérationnelle"a fait l'effet d'une bombe.
Ce mouvement qui s'appelle "jeunes officiers du mouvement Marc Bloch" fait encore plus fort que Surcouf ou que d'autres mouvements de hauts fonctionnaires qui éditaient une tribune dans Le Monde ou autre car cette fois-ci, ces impudents osent demander des choses concrètes:
1. Augmentation significative du budget de la Défense. Financement d’équipements individuels tactiques efficients.
2. Suppression de la 2e section.
3. Création d’une commission parlementaire de révision des primes et indemnités des militaires.
4.
Maintien de tous les postes de militaires du rang et de sous-officiers
qui s’apprêtent à être supprimés. Maintien des régiments.
5. Diminution du nombre d’officiers.
Le premier point est caractéristique des militaires, des lobbies industriels qui se gavent sur le budget militaire et des jeunes.. Il est un peu naif de vouloir conserver un gros budget de la Défense alors que tous les budgets sont rabotés et que surtout, les mêmes qui réclament son maintien parlent de l'incapacité de la France à rester une grande puissance. On peut aussi penser que de jeunes officiers savent que la puissance d'une nation passe avant tout par sa puissance économique.
La queston du maintien des régiments est aussi décevante pour des gens qui ont une vue a priori plus globale que le boeuf de base. A quoi cela sert il de maintenir des régiments qui n'ont pas les moyens de s'entrainer et qui souvent doivent leur survie à la guéguerre que se livrent différentes coteries au sein de l'armée ?
Prenons par exemple le cas des parachutistes.. En 2013, la France est le pays où il y a le plus de parachutistes, répartis dans plusieurs régiments.
A quoi cela sert-il d'avoir autant de "forces" paras alors que les 10 ou 20 dernières années ont donné lieu à moins de largages de parachutistes qu'il y a de doigts dans une main ?
A quoi cela sert-il d'entretenir le 1er RCP, le 2ème REP, le 1er RPIMA, le 8ème RPiMA, le 17ème RGP, les commandos marines, etc, etc ??
Holà bien sûr ces régiments ont des "objets" différents mais concrètement la fonction "parachutiste" sert à quoi, répartie de cette façon ? On a vu récemment au Mali que le REP avait sauté.. Utile au niveau tactique ? Le 17ème RGP a aussi sauté.. utile ou pas ? Et le 1er RCP, il a sauté ?
Le second et le cinquième points des descendants de Marc Bloch sont en revanche nettement plus intéressants car ils font éclater comme un bouton de pus au grand jour une des choses les plus discutables de l'armée française: le trop plein d'officiers supérieurs.
Le mouvement des jeunes officiers Marc Bloch dénonce les généraux 2ème section mais même en 1ère section, l’armée de terre compte actuellement 173 généraux pour un
effectif de moins de 110-120 000 hommes, là où le Marines Corps n’en
recense que 81 pour un effectif quasi double de 220 000
Et la situation est pire pour les colonels dont certains ne font qu'attendre la retraite à partir de 45 ans, en faisant des fiches dans des bureaux où Courteline, Labiche et Feydeau auraient pu trouver encore plus d'inspiration qu'à leur époque.
SI l'on prend par exemple un St-Cyrien "normal", sa carrière est entièrement construite par la carotte du commandement de régiment. Quelques années de lieutenant puis la petite carotte d'une compagnie comme capitaine puis des bureaux puis d'autres études, puis un BOI, puis des bureaux, puis peut-être le commandement d'une régiment vers 40-44 ans.
En 25 ans de carrière, cet officier aura été 10-12 ans sur le terrain et 10-12 ans dans des bureaux ou salles de classes.
Le pire est ensuite. Si cet officier commande son régiment (2 ans donc pas le temps de vraiment faire des choses) , il se retrouvera soit sur la piste aux étoiles (si il est jeune, si il fait partie d'une bonne écurie, si il n'a jamais déplu à personne, si sa famille n'est pas incorrecte) soit il restera Colonel jusqu'à sa retraite (qui grâce à la réforme Sarkozy arrivera plus tard qu'avant).
S'ensuivront alors 15 ans de postes peut-être ronflants, de besogne parfois prenante mais d'utilités stratégique, tactique, intellectuelle ou autre proches de 0.
L'organisation de l'administration française fait qu'il est très compliqué d'utiliser ces gens compétents (quasiment 8 ans d'études à ce stade et pas uniquement des études militaires) à d'autres tâches utiles pour la nation (par exemple aller débrouiller la pâte à fruit de Pôle Emploi ou d'aller coordonner la réhabilitation de quartiers perdus). Vivent donc les fiches en doublon (mindef et état-major) sur tel retex ou telle hypothèse ou telle possibilité de modifier vigipirate si les martiens attaquent.
Cette masse d'officiers supérieurs (en comptant aussi ceux qui n'ont pas commandé de régiments) est dispatchée aussi dans quelques postes hors cadre mais au final reste une masse peu utile.
En gros et gras, plus de 50 lieutenants-colonels ou colonels sont nommés chaque année dans l'armée de terre. Il y en a donc à peu près 1000 sur le marché dont 40 qui commandent un régiment.. A quoi servent les autres ? A quelques tâches nécessaires mais aussi à entretenir une machine administrative qui s'auto-régénère, se crée elle-même de la besogne inutile et fait paravent pour maintenir la caste des généraux qui organise le système et sa succession .
N'oublions pas au final que l'armée de terre française tient en entier dans le stade de France.
Chaque année St-Cyr et les autres écoles d'officiers continuent de produire plus de 150 lieutenants alors que la police, qui a autant d'effectifs et est beaucoup plus "au combat", produit beaucoup moins d'équivalents.
L'armée français a-t-elle besoin d'officiers aussi formés (bac + 5) ? C'est une autre question importante que les jeunes officiers du groupe Marc Bloch se gardent bien de mettre sur le tapis.
Quelques colonels prendront-ils la suite du mouvement ou oeuvreront-ils par leur silence et leurs bouffées de pipes pour faciliter le ménage qu'ordonnera sans doute la caste des généraux et des colonels en piste via la Police Militaire Secrète, la DPSD ?
Les medias qui ont diffusé la tribune des jeunes officieirs devront-ils livrer leurs sources ?
Des ordinateurs seront-ils saisis dans les régiments comme au temps du mouvement Surcouf ?
Quelques généraux clairvoyants en profiteront-ils pour prendre le pouvoir et nettoyer la mentalité collier de perles et club A des "de la motte beuvron" au profit d'une véritable armée adaptée aux temps modernes avec des officiers plus à l'aise sur le terrain que dans un rallye versaillais et les bureaux de leurs chefs ?
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