Libé a publié les conversations entre Mohamed Merah et l’agent Hassan de la DCRI (voir texte ci-dessous ou sur http://www.liberation.fr/societe/2012/07/17/conversation-secrete-entre-merah-et-la-dcri_833777).
Outre l’intérêt des conversations qui fait dire que l’agent Hassan n’avait peut-être pas lu le bon manuel (comme le manuel d’interrogatoire de la CIA Kubark pourtant disponible en français sur http://www.editions-zones.fr/spip.php?page=lyberplayer&id_article=159 et qui donne tous les trucs pour faire parler l’ennemi ) et que Merah n’avait pas inventé le fil à couper le beurre halal, on se demande pourquoi MAINTENANT sont publiés ces extraits.
car la bonne question dans ces embrouilles de sécurité renseignements barbouzeries est toujours « pourquoi maintenant »..
Le même Libé et d’autres journaux parlaient des difficultés de Manuel Valls, le ministre socialiste de l’intérieur qui ressemble tant à sarkozy y compris en salaire gratté, pour obtenir les détails de l’affaire Merah et savoir enfin pourquoi ce type fiché, surveillé avait pu déclencher un tel massacre et pourquoi aussi personne n’avait trinqué ensuite (Responsables virés pour Christian Clavier ou visite chahutée mais pas pour Merah surveillé mais tueur ) .
Quelques policiers ou hommes de l’ombre républicains ou soucieux de se détacher de la triade franc maçonnerie sarkozyste qui tient le bouzin ont-ils lâché quelques trucs dans la presse histoire de déclencher la grande lessive ?
Plus que jamais on peut se poser comme questions: Le RAID avait-il ordre de tuer Merah ?
et surtout: Tueur de Toulouse: et si c’était une manipulation ?
ET maintenant parce que bande de voyeurs, vous vous foutez du reste, voici le texte des conversations Merah DCRI
Il attaque par l’Afghanistan :«Vas-y maintenant, tu peux mettre cartes sur table, hein, t’as plus rien à perdre, après l’entretien [le débriefing quatre mois plus tôt, ndlr], maintenant tu me racontes la vérité. Roule.»
Mohamed rit : «Y a pas de problème. Déjà, j’ai été dans plusieurs pays afin de trouver les frères, et quand je les ai trouvés, c’est quand j’ai été au Pakistan, pas avant.
– T’es parti comme ça, d’un coup de tête ou… comment t’as pu avoir le déclic ?
– Déjà, avant que je rentre dans l’islam, je les soutenais ces gens-là, je savais qu’ils étaient dans le vrai.»
Hassan essaye d’obtenir sa reddition. Merah hésite : «J’ai envie de me rendre mais wallah, c’est flou.»
Hassan rétorque : «Avec le Raid, on a été réglo. Ils sont venus me chercher, je suis venu pour toi. Toi, on t’a rencontré, on a tissé des liens. Tu sais, dans la police, y a pas que des connards, on sait être réglo. On est professionnels ici.»
Mohamed ne «craint pas ça» mais les vingt-deux ans de réclusion criminelle qu’il risque, «j’en ai 23, c’est vite calculé, j’en aurai 45» : «Je peux me dire aussi que j’ai rien à perdre. En commençant ces attentats, je savais comment ça allait finir. Soit j’allais être abattu dans la rue ou chez moi.»
Hassan revient à la charge : «Tu veux crever anonyme ou tu veux faire parler comme certains de tes coreligionnaires qui ont fait le jihad et qui une fois arrêtés, grâce au tribunal, ont pu évoquer leurs convictions ? Est-ce que tu veux la gloire et la notoriété et qu’on parle de toi jusqu’à la fin des temps ou est-ce que tu veux y crever comme ça ?»
Merah ne tombe pas dans le panneau : «Je demande à Allah de me préserver de l’ostentation. Je ne fais pas ça pour la gloire, [sinon] toutes mes bonnes actions seraient annulées auprès d’Allah, [qui] n’accepte pas les moudjahidin qui combattent pour leur renommée ou pour le butin. Mon but, c’est pas de marquer l’histoire. J’accomplis mon devoir de musulman.»
[sinon] toutesmes bonnes
actions seraient annulées auprès d’Allah, [qui]
n’accepte pas lesmoudjahidin qui combattent
pour leur renommée ou pour le butin.Mon but,
c’est pas demarquer l’histoire. J’accomplismon
devoir de musulman.»
Le policier joue sur la fibremusulmane. Il se
fait rembarrer: «Si toi t’esmusulman,moi je
suis cosmonaute.»
Car, pour Merah, c’est «un péché» que de
«travailler pour laDCRI qui lutte contre le terrorisme
»:«Tu tues lesmusulmans, tu combats
Al-Qaeda et ses alliés.
—C’est pas parce que je suis à laDCRI que j’ai
tué du monde […]. Inch’allah, je prie le bon
Dieu tous les jours pour que jamais j’utilisemon
arme. Par contre, toi, les militaires que tu as
tués étaient tous muslims.»
Mais, pourMerah, «ce sont desmilitaires qui
combattent lesmoudjahidin en Afghanistan»
et donc«ce ne sont pas desmusulmans».Dialogue
de sourds.
«ERREUR».Hassan ne perd pas de vue qu’il
faut extirper lemaximumd’éléments, afin de
retrouver les armes, les voitures, le scooter,
la caméraGo Pro. Ces pièces à conviction seront
récupérées à la fin de la journée. Bien
qu’il soit flic du renseignement depuis dixhuit
ans et n’ait jamais été officier de police
judiciaire,Hassan se livre à un interrogatoire
serré, recueillant des aveux circonstanciés sur
les sept assassinats et les projets criminels
échaffaudés. Y compris sur sa propre personne:
«Tum’avais pas ciblé quandmême?»
Merah acquiesce froidement : «T’en aurais
pris une en pleine tête.»
Indifférent en apparence («je t’en veux pas»),
Hassan essaie d’en savoir plus sur la provenance
de l’argent et des armes: «Par rapport
aux armes, attends, Toulouse c’est pas Chicago
[…]. Tu vas pas acheter des armes à Auchan
quand même. T’as fait comment?
—Ben j’ai cherché […], et ces armes-là je les ai
trouvées du côté du banditisme, des vendeurs
en gros d’armes à feu.»
Le policier revient sur les «coups» deMerah
pour financer ses voyages: «Et donc en tout,
t’as récolté combien d’argent avec toutes ces
opérations de filouterie?
—Je sais pas, peut-être 20, 30000 euros.
—Holà, t’as pasmoyen deme dépanner un peu
là, j’ai pris un crédit immobilier?
—Vas-y, fais-toi plaisir, y a 5000 euros dans
une Clio garée quelque part.
— Bon, on les partagera ensemble quand je
viendrai te voir, je prendrai un café avec toi au
parloir [de la prison].
—LOL!
— Faut bien plaisanter, voilà, se détendre un
chouïa.»
De son côté,Merah a des interrogations obsessionnelles
sur l’enquête: «Depuis quand
vous êtes sur moi?»
Hassan lui répond que la police afghane l’a
contrôlé à Kandahar en novembre 2010, «le
temps que ça vienne par coursier» (rires), elle
«a mis presque un an à nous signaler ta présence
sur zone».Merah a eu le temps d’aller
au Pakistan et de revenir : «Si on l’avait su,
on ne t’aurait pas laissé repartir», explique le
policier.Qui se prend de vertes critiques sur
les failles des services de renseignements :
«Si vous auriez été un peu plus malins, vous
aurez appelé des cyber-policiers.»
Car Merah a commis «une grosse erreur»,
non détectée: «J’étais en pleine zone tribale
dans leWaziristan [où il a été entraîné au tir
parAl-Qaeda en septembre 2011, ndlr] et j’ai
envoyé des e-mails àmamère pour pas qu’elle
s’inquiète […] et apparemment vous en savez
rien du tout.» Penaud, le policier lâche: «Eh
ben, on savait pas grand-chose de toi.»
Merah croyait qu’il allait «se faire arrêter» à
cause de ces mails. Et n’en revient pas
Suite de la page 3
d’avoir pu berner ce flic et sa collègue de Paris
lors du «débriefing» de novembre 2011:
«Franchement, t’y a cru à cette histoire de tourisme?
—J’y croyais àmoitiémais bon…je pensais sur
la bonté d’âme», répond le flic au début des
négociations.
Puis Hassan affirme qu’il n’était pas dupe:
«Sache quandmême qu’à l’entretien je croyais
unmot sur deux de ce que tu disais.Donc je savais
à peu près ton potentiel […], le fait que je
sois là ce matin et face aux circonstances, ça
m’étonne à moitié.»
«UNVRAI PILOTE». Bluff ou réalité? Si l’officier
avait réellement senti ce«potentiel»chez
Merah, une surveillance étroite aurait dû
s’imposer.Mais le flic sait aussi le flatter pour
essayer de le faire sortir sur le balcon
torse nu en caleçon etmains
en l’air:«Malgré tes attentats,moi,
je te tiremon chapeau parce que t’as
rien laissé transparaître.»Ou «t’es
plus rusé que moi», «tu m’as bien
roulé dans la farine».
Hassan ne tombe pas pour autant
dans le piège du tueur, qui tente d’obtenir
son assentiment sur la«légitimité»de ses actes
au nomd’Allah, pour punir «les juifs qui
tuent les enfants palestiniens» et lesmilitaires
engagés enAfghanistan qui «tuent lesmoudjahidin
». Il coupe court: «Moi, jeme pose pas
ce genre de questions, personnellement.Moi, je
suis à Toulouse. Je visma vie, je faismon boulot,
mon taf, autant que…autant que je peux,mais
après, bon, les questions géostratégiques, ce qui
se passe là-bas euh…J’ai d’autres soucis, familiaux,
professionnels…»
Merah, du tac au tac:«Pourquoi tu fais cemétier,
alors?
—Parce que j’aime bien cemétier, j’aime bien
cette région, voilà.Mais bon, je…jeme projette
pas en Afghanistan, c’est pas mon rôle.»
Conscient qu’il a échoué à détecter la radicalisation
deMerah,Hassan engrange des renseignements
sur les réseaux d’Al-Qaeda en
Afghanistan, leurs connexions au Pakistan,
la formation du Toulousain auWaziristan. Il
essaie de connaître la «façon d’opérer en
France» d’Al-Qaeda. Mais il se fait tacler :
«Hé! C’est de l’or, ces renseignements que tu
me demandes.»
Pirouette du flic: «Hé!Mais t’es un garçon en
or, non? On discute tranquille.
—Ouaismais je vais t’en poser des questions,
moi, bientôt.»
Merah veut connaître les indices ayant conduit
la police jusqu’à lui après ses trois attentats.
Passionné par Jacques Mesrine (braqueur
abattu par l’antigang le 2 novembre
1979), le petit délinquant du quartier des
Izards a «lu des livres sur le banditisme pour
savoir comment les gros voyous se font arrêter».
Il en a pris de la graine pour brouiller les
pistes, préparant ses «opérations» auminimumpour
éviter d’être repéré: «Vous avez
essayé deme suivre en voiture, franchement?
—Oui. Ça nous est arrivé, oui.
—Vous suiviez pas longtemps, honnêtement?
— Ah non, tu roules un peu vite quoi. T’es un
vrai pilote, toi.»
Pas peu fier de semer la police, Mohamed
Merah se polarise sur sa traque: «Vous avez
enquêté sur moi?
—Ben, on a enquêté aussi longtemps que ça a
été possible et avec les moyens dont on a disposé,
et voilà. Bon.On a des éléments.On n’a
pas toutmalheureusement, parce qu’on aurait
pu éviter cette tragédie […].On aurait enquêté
suffisamment mais bon, on sait pas ce qui se
passe dans la tête des gens, c’est ça.»
Hassan tente de comprendre lesmécanismes
du criminel, furieux d’avoir été taxé de
«tueur en série»après ses assassinats demilitaires.
Limite parano,Merah explique qu’il
a «transmis lemessage» aux journalistes et
«revendiqué ses attaques» au nom d’Al-Qaeda: «Comme ça, vous pouvez pas étouffer
l’affaire, pas dire “c’est un psychopathe”
comme vous dites à la télé, vos fausses informations.
»
«COEUR APAISÉ». C’est un point sensible.
Pour le jeunemeurtrier qui a eu des soucis
psychiatriques à 19 ans, son art de la dissimulation
ne s’apparente pas à de la schizophréniemais
à«la ruse, à la tromperie», qui
«est le nerf de la guerre». Lorsque le flic se
mue en psy, ce garçon déséquilibré livre ses
émotions intimes sur lemeurtre dumilitaire
à Toulouse, le 11 mars : «C’est, on va dire,
éprouvant la première fois, hein.
—Le fait de tirer sur lemoment ou le soir lorsque
tu y as repensé?
—Ouais, le soir. Sur lemoment, c’était chaud,
je ressentais rien. En rentrant chezmoi, jeme
sentais…C’était une épreuve, t’as vu. Abattre
un homme, hamdullah, je savais que c’était
une bonne action mais […] je ressens quelque
chose. Et, psychologiquement, j’étais fatigué.
Pas physiquement. Je dormais beaucoup.»
AMontauban, le 15mars,MohamedMerah
ne sent «pas de stress» dans l’action car il
«devai[t] tout faire tout seul, filmer, tirer, remonter,
fuir»à scooter:«Dès la deuxième fois,
j’ai vu que j’en avais tué trois,moi je pensais que
je les avais tués tous les trois, je ressentais […]
mon coeur apaisé. Et, comme il était apaisé, je
voulais refaire ça à chaque fois et…de récidiver
dansmes opérations, jeme sentais demieux en
mieux.
—Donc tumontais en puissance au niveau de
ta confiance à chaque fois que tu commettais un
acte quoi. […] La première fois, t’étais un peu
tourmenté parce que c’est pas humain, pas naturel
d’ôter la vie à quelqu’un. Est-ce que tu t’es
confié?
—Je me suis confié qu’à Allah.»
Hassan se demande si l’union religieuse
éphémère de Merah aurait pu changer son
destin:«Si tonmariage avaitmarché, tu serais
passé quand même à l’action ou tu aurais attendu?
—Non, non. Je serais quandmême passé à l’action.
»
MohamedMerah a d’ailleurs divorcé car son
épouse «posait beaucoup de questions», trop
curieuse pour un homme qui ramène des armes
à lamaison puis les enterre.
«DUMÊME CÔTÉ». Le soir, alors queMerah
ne veut pas se constituer prisonnier,Hassan
lui propose «de se rencontrer pour mieux se
connaître», «s’apprécier davantage»: «Et te
faire comprendre que je ne suis pas forcément
un ennemi d’Allah.»
Ebranlé, Merahmaintient sa positionmais
s’emmêle: «Ecoute, t’esmon ennemi, tu vois.
Euh… on combat […] du même côté, t’as vu.
Euh…on combat face à face, calibre à lamain.
Donc, tu peux pas prétendre êtremon allié, tu
es que mon ennemi.»
Hassan, lui, ne peut s’empêcher de culpabiliser:
«Pour toi, c’est une attaque demécréants
mais pour nous, pour moi, c’est une tragédie
La suite de la conversation Merah DCRI:
Conversations Mohamed Merah DCRI 22 mars 2012: Libération, 17 juill…

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