Jacques Chirac publie le second tome de ses mémoires.
Le dernier président de l’ ex République française dresse beaucoup de portraits dans cette deuxième partie des ses mémoires intitulées “Le temps présidentiel “.
On peut facilement trouver dans les mémoires de Jacques Chirac quelques messages à l’attention de l’excité partisan de lui-même, court sur pattes et court de vue qui s’ est installé grâce à l’accident vasculaire-cérébral de Chirac qui a empêché ce dernier de barrer la route à iznogoud.
Par exemple ce passage:
Il ne suffit pas de remporter une élection présidentielle pour s’imposer comme le "président de tous les Français", selon la formule consacrée. Y parvenir exige à tout le moins une certaine évolution personnelle, la prise de conscience d’une métamorphose nécessaire et même indispensable, sous peine de ne jamais franchir le simple statut de chef de parti.
ou encore ce qu’ écrit Chirac à propos des “affaires” qui l’ont concerné et dont certaines auraient été ourdies par le ministre du budget de l’ époque, Nicolas Sarkozy:
Les différentes " affaires " dans lesquelles j’ai été mis en cause entre 1999 et 2001 ne visaient probablement pas à faciliter l’exercice du mandat présidentiel qui m’a été confié par les Français en mai 1995.
Non sans m’interroger sur leur origine et tout en m’attachant à y répondre quand je le pensais nécessaire, je les ai toujours accueillies avec sang-froid, soucieux de ne pas me laisser atteindre ni interrompre dans l’accomplissement de ma tâche. Et cela jusqu’au moment où, redevenu simple citoyen, je me tiendrais naturellement à la disposition de la justice pour répondre aux questions qu’elle souhaiterait me poser.
Toutes ces " affaires " ont trait, d’une manière ou d’une autre, à la question du financement de la vie politique tel qu’il se pratiquait, pour chacun de ses protagonistes, dans une époque bien antérieure à mon élection. Pour l’essentiel, elles concernent le maire de Paris ou le président du RPR que j’ai été.
Aucune d’entre elles n’implique le chef de l’État que je suis devenu, à un moment de notre histoire nationale où l’activité des partis politiques est encadrée par des dispositions juridiques qui n’existaient pas auparavant (…)
Il ne s’agit pas, naturellement, de contester en quoi que ce soit le travail de la justice, dès lors qu’elle se tient elle-même à l’écart de toute influence partisane. Mais les méthodes dont je parle relèvent d’une autre démarche, fondée sur des rumeurs, des campagnes de presse plus ou moins orchestrées, des imputations fabriquées sans scrupules pour servir des ambitions personnelles et porter atteinte à l’honneur des personnes jusqu’au plus haut niveau de l’État.
J’en ai eu la démonstration, avant même mon élection de 1995, dans l’affaire des terrains de Vigneux. Visant ma belle-famille, et moi-même par voie de conséquence, elle n’avait pas d’autre objectif que de salir la réputation d’un concurrent. Il m’a toujours manqué la preuve qu’elle avait été initiée par le ministère du Budget, comme on me l’assurait.
Mais cette affaire montée de toutes pièces ne me paraissait évidemment pas étrangère à la campagne présidentielle. Les attaques lancées contre Alain Juppé, peu après son arrivée à Matignon, ne devaient rien au hasard, elles non plus. Puis ce fut à mon tour d’être directement pris pour cible…(…)
Au cours de l’été 2001, j’apprends par Dominique de Villepin qu’un ancien juge financier ayant jadis appartenu au cabinet d’un ministre socialiste, et depuis lors détaché à la DGSE, aurait enquêté sur l’existence présumée d’un compte privé que je détiendrais prétenduement dans une banque japonaise, la Sowa Bank, dirigée jusqu’à une période récente par son fondateur, Soichi Osada. Je connais celui-ci, en effet, et l’ai rencontré à plusieurs reprises, mais pour des raisons liées exclusivement à des projets d’investissement industriel qu’il souhaitait réaliser dans notre pays. Cette fois, mon sang ne fait qu’un tour. Convaincu que Lionel Jospin, ou son entourage, n’est probablement pas pour rien dans cette nouvelle " affaire ", qui a tout l’air d’un complot ourdi contre moi, j’adresse au Premier ministre, par courrier, une mise en garde extrêmement vigoureuse contre ce genre de procédé. Il me répond sèchement tout ignorer d’une pareille enquête, dont l’existence sera néanmoins avérée après coup.
A propos de Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac écrit:
Nicolas Sarkozy paraît le mieux préparé à occuper cette fonction [de premier ministre, au lendemain de la réélection de Jacques Chirac], ne serait-ce que parce qu’il en est lui même convaincu au point, comme je l’apprendrai incidemment, d’avoir déjà entrepris de composer son cabinet ministériel. Je ne mésestime pas ses qualités : sa force de travail, son énergie, son sens tactique, ses talents médiatiques, qui font de lui, à mes yeux, l’un des hommes politiques les plus doués de sa génération.
Son expérience gouvernementale, son dynamisme, son insatiable appétit d’action plaident aussi en sa faveur. Certains membres de mon entourage, tel Dominique de Villepin, sont favorables à sa nomination, l’estimant utile pour lui permettre de faire ses preuves. D’autres, plus nombreux, me la déconseillent, qui ne jugent pas Nicolas Sarkozy assez fiable par rapport à ce qu’un président de la République, conformément à l’esprit de nos institutions, est en droit d’attendre de son Premier ministre : une loyauté, une transparence totale dans leurs relations.
Le risque, en effet, serait de me trouver très vite confronté à un chef de gouvernement prompt à affirmer son autonomie, voire à me disputer mes propres prérogatives, sans s’interdire de paraître déjà briguer ma succession. Bref, de subir les désagréments d’une nouvelle cohabitation… Le fait est que j’ai besoin d’un Premier ministre avec lequel je me sente en complète harmonie et sur lequel je puisse m’appuyer en toute confiance. La confiance ne se décrète pas mais c’est une nécessité impérative. Or il subsiste trop de zones d’ombre et de malentendus entre Nicolas Sarkozy et moi pour que ces conditions soient pleinement remplies.
J’ajoute, et c’est le plus important, que nous ne partageons probablement pas la même vision de la France.
…
Nic
olas Sarkozy a une qualité indéniable : celle d’avancer toujours à découvert. Ses ambitions présidentielles sont vite devenues transparentes, à peine est-il arrivé place Beauvau, quitte à paraître anticiper quelque peu sur des échéances qui n’étaient pas immédiates. Mais je me suis aussitôt refusé à entrer dans le rapport de force qu’il tentait d’établir entre nous, considérant que celui-ci ne pouvait être que destructeur pour nos institutions. Ce n’était pas mon rôle, en tant que chef de l’État, de prendre part à une sorte de compétition ou de rivalité qui n’avait pas lieu d’être. Seule m’importait la façon dont Nicolas Sarkozy s’acquittait, en tant que ministre, de la tâche qui lui avait été confiée (…)
En janvier, j’ai feint de ne pas me sentir visé lorsque Nicolas Sarkozy a cru bon d’ironiser, lors d’un déplacement à Hong Kong, sur les amateurs de combats de sumo et de dénigrer le Japon, deux de mes passions comme il ne l’ignore pas. Je me suis dit simplement, en l’apprenant, que nous n’avions pas les mêmes goûts ni la même culture. Beaucoup de mes proches s’étonnent alors que je ne réagisse pas à toutes ces petites phrases provocantes décochées contre moi par un ministre en fonction qui s’exprime à sa guise, sans jamais se soucier de ménager le chef de l’État. Mais réagir à cela, du moins en public, ne pouvait que conduire à un affrontement auquel, je persistais à le penser, il n’eût pas été digne pour le président de la République de se prêter. Devais-je dans ce cas prendre une décision plus radicale, comme on me le conseillait ? Il m’est arrivé de m’interroger à ce sujet. Après mûre réflexion, je suis toujours parvenu à la conclusion que me séparer de lui eût été priver la France d’un bon ministre.
….
Le 6 mai 2007, Nicolas Sarkozy est élu président de la République. Nous sommes réunis à l’Élysée ce soir-là avec Bernadette, mon petit-fils Martin, ainsi que l’ensemble de mes collaborateurs, pour entendre la première déclaration du futur chef de l’État.
Chacun de nous écoute avec la plus grande attention chaque phrase, chaque mot qu’il prononce, guettant secrètement le moment où il citera sans doute le nom de celui auquel il s’apprête à succéder, ou même le remerciera du soutien qu’il lui a apporté. Mais ce moment ne viendra jamais. Pour ma part, je m’abstiens de manifester la moindre réaction. Mais au fond de moi je suis touché, et je sais désormais à quoi m’en tenir.

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