Incroyable mais vrai, la grande muette ne le serait plus. Dans le quotidien “Libération”, le 17 novembre dans la partie “Rebonds” un “stagiaire du CID (en clair un officier ayant commandé une compagnie et faisant l’école de guerre pour espérer un pour devenir colonel et commander un régiment -si il en reste– et ensuite général) le chef d’escadron (commandant, gendarme vu ce qu’on trouve sur lui sur internet) François-Régis LEGRIER parle au peuple de la situation en Afghanistan sous le titre “La France entre dans le «bouzkachi»”.
Sur une demi-page et 4 colonnes, Mr Legrier déroule le plan TTA appris au long de ses études et de ses veilles.
Phase 1: trouver une métaphore élégante et quoi de mieux que de parler d’un des clichés habituels sur l’Afghanistan, la-course-a-cheval-ou-il-faut-deposer-une-carcasse-au-milieu-d-un-cercle.
Phase 2: la liaison avec la situation militaro-actuelle de l’alliance avec 2 scoop:
scoop 1: l’alliance dont la France ne gagnent pas en Afghanistan. A priori, c’est la première fois qu’un officier français le dit haut et fort: “En effet, malgré des efforts considérables, l’Otan n’échappe pas aux difficultés politiques inhérentes à toute coalition et la réticence des pays membres à fournir un effort militaire supplémentaire en est l’illustration. Ainsi, le général commandant la force multinationale dispose de 50 000 hommes d’une quarantaine de nations là où les Soviétiques avaient déployé plus de 100 000 soldats. Quarante nations, cela signifie quarante opinions publiques à ménager par des restrictions d’emploi édictées parfois au détriment de l’intérêt collectif. Ainsi, privée de réelle liberté d’action et disposant de moyens restreints, la Force internationale d’assistance à la sécurité se trouve souvent réduite à faire un usage intensif de l’appui aérien dont nous savons par expérience qu’il est contre-productif face à une guérilla.”
scoop 2: les opérations en Afghanistan coûtent cher ! “Par ailleurs, la transformation radicale d’un pays soumis à des structures ethniques ou religieuses très fortes et délimité par des frontières artificielles (1) est un objectif au coût exorbitant.”
Phase 3: le jeune officier (on est toujours “jeune officier” dans l’armée) propose une solution ; ne pas se retirer et continuer les opérations pour “créer une rapport de forces favorable” .. pour ensuite négocier ..
Phase 4: l’officier rentre dans le moule de l’armée française depuis 2 siècles: la célébration du sacrifice (Camerone, Dien Ben phu, etc..): on a bien résisté, on est tous morts, les chefs sont restés jusqu’au bout .. bon on a perdu mais qu’est-ce qu’on a été héroïques !!! En football, ce genre de raisonnement s’est arrêté en 1984 pour donner la fameuse “culture de la gagne” mais pas dans les opérations militaires …
Outre cet état d’esprit dont les symptômes sont les mots “sacrifices” et “nations” répétés en gin de toute intervention dans la même phrase. on voit aussi dans ce document les limites de cet officier français.
Tout en dénonçant quelque chose, sur le modèle d’ailleurs typiquement français de “la carte n’est pas le terrain” + “ce qu’il faut c’est s’adapter” (en eux mêmes, ces paradigmes sont un modèle), la solution proposée est aussi de facture “occidentale”.
Si il connaissait un peu mieux ces populations (mais peut-on lui demander ceci alors même que dans son pays, les dirigeants ne connaissent pas la leur ..) il saurait que toute demande de négociation sera considérée en face comme un signe de faiblesse et que par ailleurs le goût du sang et l’envie de mort ne sont pas du tout dans le même référentiel.
Pourtant, François-Régis LEGRIER dit bien à la fin que “Au bouzkachi, la légende rapporte que le vrai vainqueur n’est pas le cavalier mais sa monture qui le porte en avant” mais il n’a visiblement pas compris que la monture des ennemis que nous nous sommes faits est l’envie de nous N.I.Q.U.E.R. la RRRRRRRRRRRRRRace..
Les américains et les russes, beaucoup plus sanguins (ou frustres ou rustres ou bruts comme vous voudrez), sont prêts à aller jusqu’au bout quand ils s’y mettent. Les français devraient plutôt comprendre que depuis Napoléon, ils sont passés du côté des Suisses ou des multiples parties de l’ Italie qui n’existait alors pas, au XVIIIème siècle.
La solution serait donc peut-être de laisser faire les guerriers plutôt que d’aller jouer au bouzkachi quand on a appris l’équitation à Saumur ou au club A … et de s’en tenir militairement à quelques opérations aéroportées, quelques maintiens de la paix, surtout avec le budget prévu …

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