
our entrer à Artemis, le plus grand bordel de Berlin, mais aussi d’Allemagne et
« d’Europe », d’après ses promoteurs, il n’est pas nécessaire de montrer patte blanche. Simplement de payer. Cher : 70 euros – uniquement pour « voir ». Le prix ne comprend pas en effet les prestations sexuelles, pour lesquelles existe un tarif de base : 60 euros la demi-heure (le double pour certains « extras »).
L’argent liquide étant le seul mode de paiement accepté, un distributeur automatique a été installé dans le hall d’accueil de ce supermarché du sexe construit sur quatre étages.
Originalité du lieu : les prostituées, elles aussi, doivent payer pour entrer. Moins que les clients : 50 euros. Un tarif qui leur permet de conserver l’intégralité des sommes découlant de leur activité sans avoir de pourcentage à reverser à des souteneurs.
Les clients les paient de la main à la main sous l’oeil d’une des 60 caméras qui quadrillent le bâtiment. Seules les chambres réservées aux ébats n’en sont pas équipées, mais chacune possède un interrupteur relié à une alarme. A Artemis, où un tiers des 54 salariés sont des vigiles, la sécurité est le maître mot.
Cinq mois après son ouverture, ses responsables se frottent les mains. « A raison de 250 clients par jour et de 40 prostituées en moyenne, comme en ce moment, nous aurons remboursé en un an 90 % de l’investissement initial de 6,4 millions d’euros », évalue Reiko Opitz, un grand blond aux poches encombrées de téléphones portables. Est-il le directeur d’Artemis ? Non, un simple « porte-parole », très volubile pour décrire chaque pièce de ce palace en toc, mais très discret sur ses propriétaires.
Le nom d’un homme d’affaires turc, Haki Simsek, a été publié dans la presse allemande. Il posséderait 70 % d’Artemis et aurait fait fortune dans les casinos, susurre Reiko Opitz.
Un casino de type Las Vegas, c’est précisément ce à quoi ressemble le mégabordel berlinois, les machines à sous en moins. Décoré dans un épanchement de faux marbre et de peaux de léopard en acrylique, Artemis possède un bar, un restaurant, un cinéma (porno), une piscine dont « l’eau est tellement filtrée qu’on peut la boire », un sauna, une salle de body-building, des chambres aux noms évocateurs (Cléopatra, Casablanca, Zéphyr, Phallus…)…
« TOUT EST PROPRE ET SÛR »
Rien ne manque – même les élévateurs pour handicapés en fauteuil. Dans ce panthéon du bon goût, les clients doivent circuler dévêtus sous un peignoir jaune poussin et les femmes entièrement nues. Celles-ci peuvent aussi loger au dernier étage dans un endroit protégé. La plupart viennent en effet d’autres villes allemandes et certaines d’Europe de l’Est. Toutes doivent posséder des papiers en règle (autorisation de travail, tests médicaux…) et parler « au moins deux langues ».
Comme Stella, 28 ans, une Française vivant à Dortmund. Recrutée par petite annonce, elle passe généralement dix jours à Artemis, puis se repose quatre jours chez elle, avant de revenir…
Le système allemand n’a pour elle que des avantages : « C’est bien mieux que la caravane comme je l’ai connue en France. Ici, tout est propre et sûr. Quand un client ne veut pas payer, le service de sécurité intervient et appelle les flics si besoin. On peut même porter plainte. » La jeune femme n’a pas de souteneur et dit gagner jusqu’à 10 000 euros par mois.
Soumis aux contrôles réguliers de la police, Artemis ouvre plus difficilement ses portes aux travailleurs sociaux. « On nous en interdit l’accès, déplore Martina Schmiedhofer, la maire adjointe (Verts) chargée des affaires sociales du quartier de Charlottenburg. « On aimerait interroger les prostituées, savoir si elles travaillent librement, quel genre de prestations on leur demande… » L’élue redoute qu’Artemis fasse de l’ombre aux petites maisons closes de quartier : « Les prostituées de Berlin ne croulent pas sous le travail. Nous sommes dans une ville pauvre. Les gens ont peu d’argent à consacrer à cela. »
Raison pour laquelle, d’ailleurs, Artemis entend se développer dans des villes plus prospères, comme Munich. L’idée de ses concepteurs est d’ouvrir des lupanars en tout point identiques à la maison mère. « Notre modèle, dit Reiko Opitz, c’est McDonald’s. »
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